‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 49 sur 144 · CHANGEMENTS DANS LES MOEURS PUBLIQUES · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS LES MOEURS PUBLIQUES

Dès que les propriétaires des fiefs ne furent plus retenus dans leurs terres, ou employés dans les fonctions politiques, ils songèrent à des jouissances personnelles, et ils quittèrent leurs manoirs champêtres pour se réunir dans les villes, comme, à d'autres époques, et quelquefois par le même motif, les prêtres avaient quitté leurs monastères pour s'isoler dans les campagnes.

Le luxe, la fureur du jeu et des plaisirs sédentaires, le goût des arts frivoles, toutes les passions qui s'enflamment par le contact, s'allumèrent au sein de ces réunions. Les villes s'embellirent par le séjour des grands propriétaires, et à mesure qu'elles devenaient plus agréables, les habitations champêtres perdaient leurs charmes. La philosophie, qui peu à peu s'introduisait en Europe, eut beaucoup de part à ce changement. La religion retient l'homme dans les campagnes, en lui inspirant le goût de la retraite, l'habitude de mœurs simples, de désirs bornés, d'une vie sobre et laborieuse; le goût du plaisir, l'orgueil du bel esprit, la curiosité, toutes les passions poussent et entassent les hommes dans les villes, en leur inspirant la démangeaison de jouir, de savoir et de parler. Les nobles acquirent de l'urbanité ' aux dépens de la franchise et

• Urbanité, de urbs, signifie une qualité qu'on prend à la ville. Astuce, de astu, ville, en grec, signifie la même chose : effectivement l'urbanité et l'astuce ne sont pas incompatibles, et leur combinaison forme Vinlrigue. Les Romains, qui tous étaient dans une \ille, faisaient grand bruit de cette urbanité.

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