CHAPITRE VII
lorsqu'ils rendirent leurs dignités héréditaires, ni les sénéchaux dont les offices, les seuls constitutionnels, représentaient les anciens magistrats, et remplaçaient les grands feudataires. Ces pairs ne tenaient à l'antique constitution que par un titre antique, et loin de jouir de la prérogative même des derniers pairs grands feudataires, de précéder au parlement les princes du sang non feudataires, ils furent présidés aux assemblées de noblesse, comme les autres seigneurs de fiefs, par les sénéchaux ou baillis, ou leurs lieutenants-généraux.
Les nouveaux ducs et pairs eurent, il est vrai, quelques fonctions judiciaires, mais seulement comme membres d'une compagnie, et non comme chefs du jugement, puisqu'ils n'avaient chacun que leur voix, requise seulement dans les jugements des pairs; que, loin de rendre la justice dans une province, ils ne la rendaient pas même dans leur pairie, où, comme les autres seigneurs, ils avaient un juge, et qu'enfin même au parlement, au lieu de présider, ils étaient présidés eux-mêmes par les présidents ordinaires, qui n'étaient jamais ducs et pairs.
Bientôt après s'introduisirent les titres de duc à brevet, duc héréditaire, homme de qualité ', qui formèrent plusieurs ordres dans un ordre essentiellement un et indivisible, et partagèrent en deux grandes époques l'histoire du ministère politique, l'époque des fonctions et celle des titres. L'ordre perdait en fonctions et en force, à mesure que l'homme gagnait en titres honorifiques, et la même époque séculaire vit la pairie conférée à quelques membres de la noblesse, et l'office de connétable ôté à l'ordre.
Il n'est pas hors de propos de remarquer que le même
'L'acception da mot homme de qualité est récente. Le duc de Rohan, qui se connaissait en titres de personnes et en acception de mots, dit dans ses Mémoires. « A Montauban, trois soldats conspirent contre le gouvernement, et » pour venir à bout de leur dessein, ils font une partie (parti) dans la ville, à » laquelle ils attirent quelques jeunes étourdis, même de qualité, comme 1« » fils de Clerc, avocat, et de Larose, conseiller. »
prince qui supprima l'office de connétable, abolit l'ancien usage d'envoyer des hérauts d'armes pour déclarer la guerre : noble et digne hommage rendu aux droits de l'humanité. Ainsi la loi de la nation était violée en même temps que les lois des nations; et la France prenait les formes agressives en même temps qu'elle affaiblissait sa milice défensive, en lui ôtant son chef immédiat. On doit remarquer aussi que les rois chrétiens ont été moins à la guerre de leurs personnes, depuis qu'ils n'ont plus eu nulle part de lieutenant chargé par son office d'y commander sous eux et à leur place. Peut-être eu effet que les minorités auxquelles un roi guerrier expose la nation sont devenues plus dangereuses lorsqu'il n'y a plus eu d'homme toujours majeur qui servît sans contestation au roi lui-même pour assurer ses dernières volontés sur la régence, et commander la force publique.
Cependant depuis Charles VII et François Pr, les rois sentaient la nécessité de rétablir l'ordre chargé du ministère public; mais ils ne savaient qu'élever et tirer de pair quelques individus, et ne faisaient par là que s'éloigner davantage de la constitution, et rendre plus difficile le rétablissement de l'ordre lui-même. La noblesse, qui conserve l'État, se changeait peu à peu en une aristocratie qui le détruit, et l'ordre s'éclipsait de plus en plus, à mesure que quelques-uns de ses membres attiraient sur eux seuls tous les regards et toute la considération.
Les rois se rappelaient l'éclat prodigieux qu'avait jeté dans le monde politique la chevalerie, à laquelle la France a dû la supériorité morale dont elle a joui en Europe; et comme si la chevalerie, constitution naturelle de la noblesse, et qui imposait aux rois eux-mêmes, eut été l'ouvrage de l'art, ils créèrent des ordres de chevalerie qui n'étaient pas plus le ministère politique, qu'une confrérie pieuse n'est le ministère sacerdotal : il fallait un lien à cet engagement, ouïe chercha dans la religion, lien universel de toutes les personnes de la société, et garantie de tous leurs rapports. Le devoir naturel