‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 54 sur 144 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

M. de La Curne-Sainte-Palaye, « semblent vouloir mettre la » chevalerie au niveau de la prélature. » Ce sont ces derniers pairs, grands feudataires, qui, de nos jours, à la cérémonie du sacre de nos rois, et à celle de leurs obsèques, étaient représentés par les princes du sang, sous les titres de ducs de Bourgogne, de Normandie \ d'Aquitaine, de comte de Flandre, etc.

Ainsi, et c'est la conclusion à laquelle je voulais en venir, tout concourt à établir que dans les premiers temps il n'y avait que des fonctions publiques, et point de titres purement personnels; et la raison dit en effet que, si les titres amusent l'amour-propre de l'homme, les fonctions seules importent au maintien de la société.

Mais aussitôt que des jugeurs et des soldats eurent pris en France la place des magistrats et des guerriers, et que les rois eurent mis les institutions vénales et soldées du pouvoir arbitraire à la place des établissements propriétaires et fixes du pouvoir absolu, l'ordre perdit de son existence politique, et alors l'individu chercha à relever sa considération personnelle par des titres de duc, de marquis, de comte, etc. 2, qui rappelaient des fonctions qu'ils n'avaient plus, ou l'usurpation

1 La fameuse table ronde des douze pairs de Charlemagne, sur laquelle on a fait tant de romans, ne désignait donc qu'un conseil d'État où le roi présidait ses premiers officiers. Une des grandes erreurs de nos historiens est de s'être obstinés à ne voir que des guerriers là où il fallait surtout voir des magistrats, et toutes ces disputes sur la pairie, inépuisable aliment de tant d'ennuyeuses dissertations, viennent de ce qu'on n'a pas songé que les pairs naturels du grand juge et du grand guerrier de la nation ne pouvaient être dans l'origine que les premiers juges et les premiers guerriers, et que le corps des ministres du pouvoir, dans les premiers grades comme dans les inférieurs, servait à la fois à la justice et à la force. (Voyez, du Pouvoir législatif sous Charlemagne.)

2 Le titre de baron était anciennement collectif plutôt qu'individuel. On appelait la réunion des premiers magistrats formant la table ronde, ou le conseil du roi, li barons, li baronnage. Baron et barronnie sont, dans l'acception que nous leur donnons, d'institution plus récente. Baron est un mot celtique devenu grec, qui signifie grave, fort, c'est-à-dire ce que doit être un homme public. Baromètre en vient, et en allemand bar signifie pesant.

de ces petites souverainetés, formées en France des débris de l'autorité royale, et qui, loin d'être, comme on l'a dit, la féodalité ou la fidélité, en avaient relâché les liens, et même rompu les nœuds. Ces titres étaient inconnus aux sires de Joinville, Duguesclin, Clisson, Bayard, etc., qui ne se distinguaient entre eux dans la vie privée que par la dénomination religieuse reçue au baptême, usage pieux auquel on revient depuis quelque temps, quoique sans une intention pieuse; et dans la vie publique, par la dénomination politique de connétable, de sénéchal, de châtelain, usage conservé encore en France pour les grandes places, et en Allemagne pour toutes les places. Avant que la noblesse se décorât ainsi de titres sans fonctions, les rois lui en avaient conféré qui n'étaient guère plus réels. Dès que les grands magistrats des provinces, pairs antiques de la royauté, furent devenus les rivaux de l'autorité royale, en rendant héréditaires des commissions temporaires ou viagères, princes eux-mêmes, sous le titre modeste de vassaux, et quelquefois du sang des rois, ils continuèrent à être les pairs du roi : les princes du sang, pairs du roi comme grands feudataires, continuèrent à l'être même après que, par la réunion des grands fiefs à la couronne, ils ne furent plus que sujets dans leurs personnes, ministres par la commission, rois par expectative. Mais après que Charles VII et François Ier eurent fait descendre l'ordre politique des fonctions que la constitution lui attribuait, Henri II, fils de François Ier, chercha à en relever les membres les plus apparents, en leur conférant le titre de duc et pair \ qu'il plaça sur un simple fief. Ces pairs de fief n'étaient ni les anciens magistrats suprêmes, ducs ou comtes des provinces, présidant le jugement et le combat, ni les grands feudataires qui succédèrent à ces premiers magistrats.

1 La première pairie fut érigée en 15ol, mais la première enregistrée M de 1572. (Voyez le P. Griflet.) Le titre de duc et pair prouve évidemment que les anciens pairs étaient magistrats suprêmes des provinces, appelés ducs presque partout, remplacés depuis par les sénéchaux ou baillis.

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