‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 67 sur 144 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

religion demande de la magnificence dans ses temples et de la pompe dans son culte, sont beaucoup moins avides de richesses, et plu9 généreux dans l'emploi qu'ils en font que ceux qui sont sévères partisans d'un culte pauvre et dénué de tout ornement. Une société bien ordonnée doit tendre à mettre la magnificence, le luxe même dans les établissements publics, la simplicité et la modération dans la vie domestique. Privatus Mis census erat brevis, commune magnum, dit Horace en parlant des premiers Romains '.

Je n'ai parlé que des corps ecclésiastiques séculiers, auxquels appartiennent exclusivement, sous l'autorité immédiate des premiers pasteurs, les fonctions du ministère public de la religion. A d'autres corps, mais toujours propriétaires, devraient appartenir les soulagements des faiblesses de l'humanité, car la société n'est que la protection des faibles; elle ne subsiste que pour eux, elle ne peut subsister sans eux, et c'est pour cela qu'il a été dit aux hommes : Vous aurez toujours des faibles avec vous. Ainsi il faut des corps, et peut-être un seul corps pour l'éducation des enfants, les missions étrangères, le rachat des captifs (si les princes chrétiens souffrent encore le brigandage des barbaresques), et le soulagement des infirmes. Ce corps célèbre, qu'on ne remplacera jamais que par lui-même, embrassait presque tous ces objets, et y suffisait. Les communautés de filles auront également une destination analogue à celle de leur sexe et aux besoins de la société. On conservera, comme pré» cieuses à la religion et utiles à l'Etat, quelques maisons des deux sexes dont l'austérité plus qu'humaine, et le renoncement absolu à soi-même et au monde, conviennent si bien à quelques âmes et à quelques circonstances. Ces corps offrent l'exemple des plus héroïques vertus au milieu des scandales

• On pouvait dire la même chosedes Français jusqu'au quinzième siècle; dans les campagnes, l'église était plus belle que le château. Assez généralement, c'est le contraire aujourd'hui*

des plus grands crimes, et, dans le relâchement introduit à la longue par les passions des hommes, remontent, pour ainsi dire, le ressort de la société. Il est digne de remarque que la révolution française a répandu ces règles austères chez plusieurs peuples de l'Europe, même presbytériens. Ce sont des germes qui fructifieront avec le temps, et déjà l'on a fait au parlement d'Angleterre, contre l'esprit de prosélytisme des prêtres français, des plaintes bien honorables à la religion et à ses ministres.

Comme jadis le clergé empiétait sur la juridiction laïque, sous prétexte du péché qu'il y avait dans tous les délits contre les lois civiles, plus tard les tribunaux civils ont usurpé la juridiction ecclésiastique, sous prétexte du délit qu'il y avait dans toutes les fautes contre la discipline ecclésiastique; et de là sont venus les plus grands désordres, la lutte d'une autorité contre l'autre, et la ruine de toutes les deux. Il faudrait revenir à la raison et à la nature. L'autorité civile doit punir comme des délits publics tous les attentats à l'ordre extérieur de la religion, puisque la religion défend comme des crimes même des pensées contre l'ordre public de l'État. Quand l'autorité civile a condamné à mort le citoyen, elle renvoie le fidèle au tribunal secret de l'Eglise pour y avouer sa faute, et en obtenir îe pardon du juge suprême de toutes nos actions; et quand les tribunaux ecclésiastiques ont jugé un membre de l'ordre digne de mort, ils dégradent le ministre, et renvoient le citoyen devant le pouvoir séculier, seul dépositaire du glaive, et qui a le devoir de s'en servir. La limite des deux puissances est aujourd'hui connue, et peut être fixée avec précision; et désormais on ne verrait plus les autorités civiles mises sous l'interdit par l'autorité ecclésiastique, ni les sacrements administrés par un arrêt des tribunaux civils.

L'institution canonique des évèques ne peut pas être ôtce au saint Siège, et les places inférieures seront à la nomination de l'évêquc. La résignal ion, qui pouvaient obvier à quelques abus, mais qui établissait pour un ministère spirituel une suc-

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