‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 77 sur 144 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

bles, par une éducation particulière et un genre de vie convenable, de cet important ministère. Ces hommes, ou plutôt ces familles, sont les ministres, c'est-à-dire les serviteurs de la société, distingués par conséquent de ceux qui sont servis, et de là vient que le mot de service est affecté dans toutes les langues chrétiennes aux fonctions militaires et judiciaires, et le mot d'officier, ab ofjicio, à la personne qui les remplit.

« Esclaves de ce maître dur et injuste » (du public), est-il dit dans la Théorie du Pouvoir, « obligés de souffrir ses ca- » priées, souvent d'éprouver son ingratitude, quelquefois » d'essuyer ses fureurs, ils assurent sa liberté aux dépens de la » leur, et ils paient leur distinction de leur servitude. C'est » la solution du problème que J.-J. Rousseau se propose, et » qu'il ne sait comment résoudre. Quoi! dit-il, la liberté (de » tous) ne se maintient qu'à l'appui de la servitude (de quel- » ques-uns) ! Peut-être. »

L'imagination, je le sais, ne voit qu'éclat et honneurs là où la raison et la religion ne voient que devoirs. Elle se récrie sur cette prétendue servitude, et sur ces fonctions brillantes qu'il est si doux de remplir. Elle juge ce qui devrait être par ce qui était trop souvent; et cependant tels sont les devoirs auxquels la société, pour ses besoins, devrait soumettre les familles consacrées au ministère public, que le dévouement deviendrait pour les autres un sujet de frayeur plutôt qu'un objet d'envie. Si l'on veut même détourner les yeux de cette opulence que quelques familles nobles partagent en Europe avec un nombre bien plus grand de familles commerçantes, et qui n'était plus remarquée que parce qu'elles en faisaient un emploi plus généreux, quelle condition plus dure que celle d'une multitude de familles que l'opinion de leur dignité retenait dans une pauvreté héréditaire que cependant elles devaient faire honorer, et qui, ne pouvant exercer aucun genre d'industrie lucrative, étaient obligées, pour sortir de l'indigence, de produire un cardinal ou un maréchal de France? Quant à la dépendance, le ministère dans l'Etat est plus sujet que les sujets eux-mêmes,

puisque ses membres, sujets comme les simples citoyens à toutes les lois religieuses, domestiques et politiques, sont de plus soumis aux lois particulières à leur profession. « L'infé- » riorité, » dit Terrasson, « semble plus marquée dans le second » rang que dans le dernier; » et il est vrai de dire que le pouvoir a sur ses ministres une autorité particulière et presque arbitraire qu'il n'a pas sur les sujets. Dans les premiers temps, les familles vouées au ministère politique dépendaient du pouvoir de l'État, au point qu'elles ne pouvaient marier leurs filles sans sa permission. Il avait la tutelle de leurs enfants, souvent la jouissance des biens pendant les minorités, et même quelquefois il héritait de leur mobilier. Les familles nobles lui donnaient leurs enfants comme otages de leur fidélité. La coutume chez les princes de faire élever auprès d'eux comme pages des enfants des familles nobles, et la clause de réversion des fiefs titrés à la couronne, faute d'hoirs mâles, étaient des traces de ces usages anciens.

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