‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 78 sur 144 · CONSTITUTION DOMESTIQUE DU MINISTÈRE PUBLIC DANS LES PREMIERS TEMPS · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DOMESTIQUE DU MINISTÈRE PUBLIC DANS LES PREMIERS TEMPS

Il est sans doute intéressant de connaître par quels moyens l'institution singulière du minstère public, connue sous le nom de chevalerie, s'était formée en Europe : mais il faut se rappeler, ce que nous avons déjà observé, que cette institution était dans les mœurs plutôt que dans les lois; que tout y était en traditions, et rien en lois écrites; qu'elle n'était dans plusieurs points, même essentiels, qu'indiquée, et non développée; en un mot, que celte institution si perfectionnée quant aux sentiments, et même aux vertus qu'elle a produites, n'était encore que dans l'enfance sous le rapport des règlements de discipline qui pouvaient la perpétuer.

Comme il est de l'essence du ministère politique d'être propriétaire de terres, c'était une nécessité aux familles nobles d'habiter les campagnes, et leur séjour y était utile pour elles et pour le peuple, par mille raisons domestiques et politiques. S'il est une vérité d'administration généralement reconnue, c'est que les campagnes ont tout perdu par l'éloignement des grands propriétaires, et l'on peut, sans entrer dans d'autres détails, regarder comme un axiome de la science de l'économie publique, que tout ce qu'il y a de bon, de nécessaire à apprendre ou à inspirer au peuple en agriculture, en habitudes domestiques, même en morale pratique, tient à la constitution domestique des familles vouées au ministère public, et à leur résidence habituelle sur leurs propriétés. « Les bois et les

» champs, » dit un ancien auteur, « forment plus la noblesse » que les villes \ » On ne manquera pas de m'opposer les désordres de la féodalité, et toutes les déclamations que les esprits chagrins ou prévenus se sont permises contre cette institution plus naturelle qu'on ne pense, puisque, selon Condorcet, « on la retrouve à la même époque chez tous les )) peuples. » La féodalité signifie la fidélité, et si les abus en étaient devenus odieux, l'origine assurément en était respectable, et la nature essentiellement bonne. Les abus de la féodalité tenaient moins à la disposition des hommes, toujours et partout les mêmes, qu'au malheur des temps et à la faiblesse de l'autorité publique. Les vices de la politesse ont succédé aux désordres de la violence ; mais si l'on prenait le tableau des jugements criminels pour mesure de la bonté d'une nation à ses diverses époques, je crois qu'on trouverait aujourd'hui des forfaits plus odieux et plus fréquents qu'ils ne l'étaient dans ces temps si décriés, et du moins on remarquerait que les grandes expiations et les sentiments de repentir sont beaucoup plus rares de nos jours, parce que l'homme alors était emporté, et qu'aujourd'hui il est corrompu. Mais en laissant à part ces récriminations, et le parallèle qu'on pourrait établir entre les siècles de la religion et les siècles de la philosophie, entre les temps de la féodalité et ceux de la fiscalité, nous nous contenterons de citer un passage extrêmement remarquable du plus grand ennemi de la féodalité, et de tout ce qui s'y rapporte. « Le gouvernement féodal, » dit Mably, c était » sans doute ce que la licence a imaginé de plus contraire à » la fin que les hommes se sont proposée en se réunissant en » société. Cependant, malgré ses pillages, son anarchie, ses » violences et ses guerres privées, nos campagnes n'étaient » pas dévastées comme elles le sont aujourd'hui. L'espèce de » point d'honneur qu'on se faisait de compter beaucoup de

1 Plus rvraet nemus conferunt ad consequendam nobilitatem quàm itrbes. • lit Poge, qui cernait sur !e droit public au quiozième siècle.

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