‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 80 sur 144 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tous, de rapprocher les fortunes particulières de l'égalité, de vivifier les campagnes, de perfectionner l'agriculture par des prêts faits à tout propriétaire de fonds ruraux indistinctement, sous caution, mais sans intérêt, et uniquement pour des travaux d'amélioration; enfin, d'offrir à l'État, dans ses extrêmes nécessités, des ressources immenses, et pareilles à celles qu'il trouvait au besoin dans les richesses de la religion. L'État aujourd'hui n'a partout qu'un fisc, aliment de prodigalités et de luxe, et toujours vide au moment du besoin : il aurait eu alors dans les richesses des deux ordres chargés du ministère public, deux trésors uniquement disponibles pour les extrêmes dangers; car il n'y a pas d'État plus malaisé à défendre que celui où il n'y a de riche que des individus, comme en Hollande et en Suisse, parce qu'alors il faut tout faire avec des impôts tôt ou tard onéreux, et qu'on ne peut défendre le territoire sans ruiner ou indisposer les habitants \

Cette administration intérieure de biens communs notai l pas totalement ignorée en France dans les temps anciens; il paraît même par les fondations de monastères qu'ont faites, à ces époques reculées, des souverains ou des membres de l'ordre, pour l'éducation des enfants des nobles, ou l'établissement de leurs filles, qu'il y avait dès-lors des idées de communauté d'intérêts; et même de nos jours, la noblesse de Bretagne avait fondé un établissement où les enfants des deux sexes des familles les plus pauvres recevaient une éducation gratuite. Je ne parle pas des maisons que les rois avaient fondées dans les mêmes vues : puisque l'autorité s'occupait d'éducation, elle aurait dû veiller à l'éducation de tous, et non à l'éducation de quelques-uns ; et il était assurément contraire aux intérêts de l'Etat de procurer aux enfants des familles nobles tombées dans l'indigence une éducation religieuse et

1 L'Espagne, exposée à un grand danger, eût trouvé d'immenses richesses dans les trésors de ses églises. La dépouille des corps ecclésiastiques, quand elle est nécessaire, ne grève pas l'Etat, et l'emprunt l'obère.

politique, et de laisser les enfants des familles les plus opulentes recevoir une éducation philosophique.

Mais ce qui surtout maintenait dans les temps anciens les fortunes des familles du ministère politique dans un équilibre plus voisin de l'égalité, et qui prévenait dans quelques familles un accroissement excessif de richesses, qui n'arrive jamais sans que d'autres familles ne tombent dans l'indigence, était la modicité ou même la nullité des dots des femmes; coutume antique et respectable, que les Francs avaient portée avec leur constitution des forêts de Germanie. Cette loi si éloignée de nos mœurs peut être regardée comme le moyen le plus efficace, et le garant le plus assuré de tout bonheur dans la famille et de toute force dans l'État, de tout bien domestique et politique, physique et moral : mais comme toutes les bonnes lois marchent ensemble, ainsi que tous les abus, cette loi peut-être en nécessiterait d'autres sur le consentement du père au mariage de ses enfants, et devrait rendre beaucoup moins facile la voie des sommations respectueuses. Les nobles, en Allemagne, perdent certains avantages en s'alliant hors de leur ordre; en France, les mésalliances n'étaient pas connues de la loi, parce que les femmes n'avaient pas d'existence politique : toute femme prenait de droit dans la société le rang de son mari, comme elle en prenait le nom, et elle transmettait l'un et l'autre à ses enfants. On ne sait pas assez combien en France toutes les idées étaient justes, et toutes les lois naturelles.

Au reste, j'ai moins besoin de m'élendre sur les effets salutaires de la coutume ancienne de ne point doter les femmes, que de justifier ma témérité à en rappeler le souvenir au milieu d'une nation possédée de Yauri sacra famés, et où marchent du même pas la soif inextinguible de s'enrichir par toute sorte de voies, et la fureur prodigieuse de consommer par toute sorte de folies. Je n'ai qu'un mot à dire, telle loi est chimérique dans un système qui devient naturelle dans un autre. Il est impossible de fixer en l'air, à trois cents pieds de

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