CHAPITRE III
le même rapport : Bossuet avait plus d'idées sur Dieu qu'un enfant qui sait les premiers éléments de sa religion; mais il ne pouvait avoir une autre idée de Dieu, car une autre idée de Dieu serait l'idée d'un autre Dieu.
Ces vérités, j'ose le dire, avaient été comprises par les hommes raisonnables de tous les temps et de tous les lieux. L'enfant des cabanes et celui des rois, l'enfant sauvage et Descartes enfant, avaient tous été élevés dans ces croyances générales, et toute éducation reposait sur ce fondement. J.-J. Rousseau parut, et confondant, comme tous les métaphysiciens de ce siècle, les idées et les images, parce qu'ils ont tous eu, et lui surtout, plus d'imagination que de force d'intelligence, il nia que l'enfant pût avoir l'idée de ce qui ne tombe pas sous ses sens. L'enfant ne pouvait avoir toutes les idées de la Divinité, de son âme, des êtres intelligents; Rousseau eu conclut qu'il fallait ne lui en donner aucune idée, comme si une idée pouvait être fausse en elle-même ', et que l'erreur de nos jugements vînt d'ailleurs que du défaut de développement de nos idées. Il défendit donc qu'on parlât à l'enfant des premiers et des plus importants objets dont puisse s'occuper l'intelligence humaine. « Mon Emile, dit-il, ne saura pas à quinze » ans s'il a une âme, et il est peut-être trop tôt à dix-huit » ans pour le lui apprendre. »
Le monde civilisé aurait dû se soulever d'indignation contre un écrivain atteint d'une folie aussi dangereuse. Funeste puissance des phrases ! ce prodige d'erreur fut accueilli par des hommes corrompus ou distraits, par des femmes beauxesprits, et une éducation nouvelle fut dirigée sur ces principes inouïs. L'éducation chrétienne, des effets remontait à la cause, et faisait voir dans l'univers physique l'action d'une volonté toute-puissante; et si cette discussion ne m'entraînait trop loin.
Voyez les premiers chapitres de la première partie.
226 DE l'éducation religieuse.
je ferais voir combien le livre le plus ! élémentaire de la religion donnait aux enfants de principes féconds, d'idées fixes, de hautes connaissances, et cependant faciles à la raison, parce qu'elles sont naturelles à notre être. L'éducation philosophique commence aussi par les effets, mais elle ne va pas plus loin. Elle encombre la mémoire des enfants de vaines et stériles nomenclatures de minéraux, d'animaux, de planter, qui rétrécissent leur intelligence, qui dessèchent leur cœur, qui énervent môme leurs forces, en les appliquant à de petites manipulations; et un enfant croit savoir quelque chose, parce qu'il cloue des papillons, colle des plantes, ou arrange de petits morceaux de substances métalliques.
Croirait-on que l'erreur de Rousseau est fondée sur une croyance fanatique des idées innées, contre lesquelles les philosophes se sont élevés avec tant de mépris? Il ne veut pas qu'on parle à un enfant de Dieu et de son âme, parce qu'il suppose, s'il existe un Dieu et une âme, que l'homme doit en avoir une connaissance d'inspiration, une connaissance naturelle, c'est-à-dire innée, et indépendante de toute instruction de la part de ses semblables; ou il semble qu'il veuille éprouver ce qu'un enfant saurait de Dieu et de son âme, si on ne lui en disait rien. La réponse est aisée. Telle est la condition de la sociabilité, et la loi générale sur laquelle repose la société, que les hommes reçoivent les uns des autres l'existence physique par la génération, l'existence morale par la parole, et que les connaissances même religieuses leur viennent par communication, selon cette parole de l'apôtre, fidet audit u.
Loin donc des pères et des mères, loin des enfants, loin de la société, les funestes principes de l'auteur d'Emile! Si rous
1 11 serait plus important qu'on ne pense d'avoir un seul catéchisme poui toute la France. Unité, uniformité, union. Unité dans la constitution, uniformité dans l'administration, union entre les hommes