‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 24 sur 79 · LIVRE · texte numérisé non relu

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voie d'autorité, et ne peut commencer autrement. Quel est l'élève qui ne reçoive de cette manière les éléments de la grammaire, de la géométrie, de Yanalyse, et qui ne suppose sans examen les notions préli minaires de l'étendue, des nombres, de la quantité, du mouvement, etc., sur lesquelles les savants disputent depuis des siècles? Je dis plus, et il serait impossible d'instruire des hommes qui commenceraient par disputer de ces vérités. Un enfant passe à son maître sans contester, des points sans étendue qui font de l'étendue , des lignes sans largeur qui font des surfaces, des surfaces sans épaisseur qui font des solides; il lui passe p/ws par moins qui donne moins, moins par moins qui donne plus. Si l'on disputait, sur les bancs, des mathématiques comme on dispute de la théologie et de la philosophie, on désolerait les géomètres '. Où en serait le genre humain, si l'enfant et le sujet ne veillaient obéir que lorsqu'ils auraient compris la raison de l'obéissance?

(6) L'histoire de toutes les sciences, et particulièrement de la science de la société, n'est que l'histoire des développements de la vérité, et conséquemment des progrès de la raison.

(c) L'âme pense par le moyen du cerveau, et parle par le moyen de la voix, comme elle regarde par les yeux, écoute par les oreilles, agit par les mains; il ne faut pas dire qu'elle digère par l'estomac, parce qu'elle n'est pas maîtresse de cette fonction, ou du moins elle ne l'est pas immédiatement. Ce sont là les lois de l'union de l'àme et du corps, matière importante, et qui n'a pas été traitée comme elle peut et doit l'être. L'inaction de nos organes enchaîne l'activité de notre âme, plus active que le corps n'est agissant , et c'est ce qui faisait désirer à saint Paul la dissolution de ses organes, pour jouir à découvert de l'éternelle vérité; cupio dissolvi et esse cum Christo. Les matérialistes confondent la pensée et le cerveau , la cause et le moyen , le pouvoir et son ministre. Les gens instruits les distinguent, et ne sont pas plus étonnés de voir la raison s'affaiblir par le dessèchement ou tout autre état du cerveau, que la vue baisser par l'obscurcissement des yeux, et l'ouïe devenir plus dure par le racornissement de l'organe auditif. « Ce qui est » essentiel au corps d'un homme, dit Malebranche après Descartes, est » une certaine partie du cerveau à laquelle l'àme est immédiatement » unie. » L'âme est une lumière enfermée dans un verre, qu'elle use par son activité. Les matérialisles n'y voient qu'un verre lumineux.

' C'est l'opinion du célèbre Kant.

« Brisez le verre, disent-ils, et vous n'y verrez plus rien; brisez le verre, » disent les chrétiens, et vous y verrez beaucoup mieux. » On sera charmé de trouver ici un passage de Fénélon dans son traité de l'Éducation des Filles, qui s'exprime ainsi sur le ministère du cerveau dans l'opération de l'esprit. « Le tempérament du cerveau des enfants » leur donne une admirable faculté pour l'expression de toutes les » images. La substance de leur cerveau est molle , et elle se durcit » tous les jours. Pour leur esprit, il ne sait rien, et tout lui est nouveau. » Cette mollesse du cerveau fait que tout s'y empreint facilement, et » la surprise de la nouveauté fait qu'ils admirent aisément, et qu'ils » sont fort curieux. Il est vrai aussi que cette mollesse et cette humi- » dite du cerveau, jointes à une très-grande chaleur, leur donne un » mouvement facile et continuel. »

Dans ce passage, il faut distinguer l'idée générale du ministère du cerveau dans l'opération de la pensée, de l'explication particulière qu'imagine Fénélon, d'après la mauvaise physiologie de Descartes. On peut bien imaginer , mais on ne conçoit certainement pas le rapport qu'il y a entre la mollesse et l'humidité du cerveau, et l'ignorance, la curiosité, la légèreté de l'enfance; et puis que veulent dire ces impressions faites sur notre cerveau? Y a-t-il rien d'empreint sur le cerveau de l'homme le plus savant, et aperçoit-on à cet égard, même au microscope, la plus légère différence entre le cerveau de l'homme instruit et celui d'un imbécile? Et comment un si petit espace peut-il recevoir l'empreint du passé, du présent, de l'avenir, de l'existant et même du possible? La vérité générale est connue par une expérience générale, et par ces locutions communes à toutes les langues, qui toutes prennent le cerveau ou la tète pour l'esprit même : avoir de la tète , une bonne tête, une tète sans cervelle, etc., et qui nomment ainsi le ministre pour le pouvoir; mais quand on veut en expliquer le comment. on tombe dans \e particularisme de l'imagination, qui ne présente que sous de vaines figures les relations certaines entre des qualités physiques et des opérations intellectuelles. Dans tous les cas pare ils, la réponse la plus sage est celle du docteur dans Molière : Quare opium facit dormire? Quia habet virtutem dormitivam. Toutes nos connaissances sur la manière dont la pensée et l'organe agissent l'un sur l'autre ne vont pas plus loin, et nous, qui nous croyons si habiles en physique, nous ne savons réellement que les généralités, et ce que nous connaissons le mieux est la métaphysique.

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