‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 23 sur 79 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

rite, ou la première connaissance de la vérité qui forme les premières lueurs de sa raison, et qui se développe avec elle. Ainsi, loin que l'homme découvre la vérité par la seule force de sa raison, il n'a de la raison que lorsqu'il a connu la vérité. D'ailleurs, l'homme ne connaît ses propres pensées que par leur expression : or il a reçu ses premières expressions, donc il a reçu la première connaissance de ses pensées.

Cette raison qui éclaire l'esprit de l'homme est la raison de celui qui lui a donné ses premières expressions, et par conséquent la connaissance de ses premières pensées et qui est à son égard une autorité, puisqu'il est \ auteur de la raison ', qui dirige et ordonne ses actions. Cet enseignement nécessaire de la vérité s'appelle réye'/afion, manifestation faite par l'être qui sait à l'être qui ignore; et quoique cette expression ne s'applique qu'à la connaissance des vérités primitives donnée par Dieu même aux premiers hommes, il est vrai de dire que l'homme, même aujourd'hui, ne reçoit ses premières connaissances que par révélation, c'est-à-dire par la transmission que ses instituteurs lui font de l'art de la parole, moyen de toute connaissance de la vérité; parole qu'il ignore, si on ne la lui transmet pas, qu'il n'invente pas quand il l'ignore, et qui seule remplit l'intervalle immense qu'il y a entre un enfant stupide trouvé dans les bois et l'homme civilisé.

Ainsi le premier moyen de toute connaissance est la parole reçue de la foi et sans examen, et le premier moyen d'instruction est l'autorité, Discentem oportet credere, dit Bacon, doctum expendere; c'est à celui qui apprend à croire, à celui qui sait à

' Âuctoritas , synonyme d'aitctoramentum , signiûi; sùrelé , sanction, garantie, etc.

examiner... « L'autorilé, dit saint Augustin, au traité de la » vraie Religion, demande la docilité, et conduit l'homme à la » raison [a]. »

L'absence de toute vérité est l'ignorance absolue, le défaut de développement de la vérité est l'erreur; car l'erreur, comme le mal, n'est qu'un défaut, une privation, une négation, et l'on se rappelle que nous avons dit, au chapitre I", que la vérité était toujours dans nos pensées, et trop souvent l'erreur dans nos jugements, parce que nous aurions presque toujours besoin, avant déjuger, d'un plus ample informé.

Ainsi, plus un être intelligent a de connaissance de la vérité, ou de science des êtres et de leurs rapports, plus il a de raison, en sorte que la souveraine raison, ïomni-science et la suprême vérité ne sont qu'une seule et même manière d'être.

Si l'homme acquiert delà raison, la raison, et par conséquent la connaissance de la vérité, commencent pour l'homme [b) : elles se développent ensemble, et l'une par l'autre, faibles d'abord et obscures à cause de l'imperfection des organes qui transmettent à l'esprit l'expression de ses pensées, et qui sont le moyen de la connaissance de la vérité; plus fortes, plus étendues à mesure que les organes acquièrent leur m.aturité. Ainsi la raison doit s'affaiblir, et la connaissance de la vérité s'altérer à mesure que les organes eux-mêmes s'affaiblissent, et penchent vers leur dissolution (c).

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