‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 43 sur 79 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

désordres qui l'éloignent de la parfaite civilisation : « car si le » législateur, se trompant dans son objet, » dit très-bien » J.-J. Rousseau, établit un principe différent de celui qui » naît de la nature des choses, l'Etat ne cessera d'être agité » jusqu'à ce qu'il soit détruit ou changé, et que l'invincible )) nature ait repris son empire. » Mais tous les principes naturels s'établissent, parce que toutes les vérités se découvrent ; (( car les vérités morales, dit Ch. Bonnet, sont toutes envei> loppées les unes dans les autres, et la méditation parvient » tôt ou tard à les en extraire. »

>'OTES DU CHAPITRE Vm.

(a) Voyez ce que j'ai dit sur le mot nature dans le discours préli minaire, et à la fin de l'ouvrage, la note sur la nature, que je n'ai pu insérer ici à cause de sa longueur.

(6) Les sectes qui, dans ces derniers temps, ont méconnu l'autorité de l'ordre sacerdotal, vrai ministère de la religion publique, attribuent, comme au temps des patriarches, le sacerdoce au père de famille; ce qui est le caractère essentiel de la religion domestique ou naturelle. Elles donnent ainsi une religion domestique pour base à un élAt. publie de société. 11 est sensible qu'il y a dans cette disposition discordance ou défaut d'harmonie, et de là sont venus les troubles qui ont agité tous les Etats où ces opinions ont pénétré. Les hommes se persuadent que ces troubles viennent du zèle religieux, de l'ambition ou de l'intérêt, et que, s'il n'y avait ni enthousiastes, ni orgueilleux, ni hommes avides de domination ou de richesses, cet ordre de choses pourrait s'affermir. Ils se trompent de ne pas voir que les passions des hommes sont indestructibles, et que le vice de tout ordre de choses purement humain est lie ne pouvoir les réprimer. Les lois faibles ou vicieuses, celles qui ne supposent pas les passions, ne sauraient s'affermir, même quand tous les hommes le désireraient, semblables à des pyramides que la seule intention de tous les hommes ensemble ne pourrait faire tenir sur la pointe.

On peut remarqtier que ces mêmes sectes, qui veulent ramener le

monde à ses éléments, comme dit saint Paul, et retourner à la religioii naturelle, repassent en rétrogradant par le judaïsme, et en prennent l'esprit dur, craintif et intéressé. Elles adoptent de préférence pour prénoms des noms hébreux, et en général elles s'occupent beaucoup de l'état futur des Juifs dans leurs croyances religieuses. C'est à cet esprit qu'il faut attribuer la contradiction qu'on a pu remarquer, dans notre révoîutK)n, entre le mal effroyable que la philosophie moderne dit dés Juiis, et les faveurs dont ils ont été comblés par nos législateurs.

(c) Toutes les expressions de l'Evangile présentent ce sens : partont c'est la loi primitive que le grand législateur vient, non détrmre, mais accomplir; partout c'est Dieu, c'est son fils, c'est sa religion qui doivent être glorifies, manifestés, rendus publics, annoncés sur les toits, etc. Pater, clarifica filium tuum, ut filius clarificet te ; manifestavi nomen suum hominibus, etc. ; partout la doctrine de l'Évangile est présentée sous des idées d'universalité, de généralité, et non de localité, et de temporalité. « Bientôt, dit Jésus -Christ, on n'adorera plus ni sur cette » montagne ni à Jérusalem... Allez par tout l'univers, dit-il à ses » apôtres...... enseignez toutes les nations, etc. » La religion chrétienne doit avoir pour lieu l'espace, pour temps la durée, pour disciple la société.

(d) Dans la liturgie de la religion chrétienne, le sacrifice qui fait la base du culte est appelé action par excellence, actio.

(e) Voyez sur la littérature des anciens et des modernes, une note rejetée à la fin de l'ouvrage à cause de sa longueur.

(f) Ce qu'on appelait jadis en France Y ennoblissement n'était pour une famille que le passage de la condition privée à l'élat public, puisque la famille renonçait à exercer des professions domestiques, arts ou métiers, pour se dévouer exclusivement à la profession publique de juger et de combattre.

(g) Je parle ici des divers états de société publique, tels qu'ils ont existé ou qu'ils existent encore dans l'univers. Les familles patriarcales étaient en état purement domestique, et professaient la religion naturelle dans toute sa pureté. Ce passage nécessaire de l'état domestique de société à l'état public est marqué chez tous les peuples par l'agitation et le désordre. La société n'est plus dans la famille, et l'Etat n'est pas encore formé. C'est la fièvre des passions qui consume l'homme dans le dangereux passage de l'enfance à la virilité. Cette époque, que les Hébreux passèrent dans. le désert sous la conduite de Moïse, fut remplie

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