LIVRE II. 37 i
d'ailleurs par ses progrès dans les arts et dans le commerce [f). La civilisation n'a donc commencé que chez les Juifs; elle n'a été consommé que chez les chrétiens, et l'on peut avancer, comme un fait attesté par l'histoire de tous les temps, qu'à considérer l'univers ancien ou moderne, il y a oubli de dieu
ET OPPRESSION DE l'hOMME PARTOUT OU IL n'y A PAS CON- NAISSANCE, ADORATION ET CULTE DE l'hOiMiME-DIEU. ToUtC la
science de la société, toute l'histoire de l'homme, toute religion et toute politique sont dans ce passage sérieusement médité.
ïl est temps de passer à l'application du Décalogue aux divers états de société, et de suivre le développement de la loi générale par les lois locales et subséquentes, puisque le germe de toutes les lois particulières se trouve dans le Décalogue, et qu'il renferme, selon Bossuet, « les premiers principes du » culte de Dieu et de la société humaine. » Ce n'est pas sans raison que ce grand homme, profond dans la science de la société, réunit ici le culte de Dieu et la société des hommes; il avait connu l'identité de leur constitution, lorsqu'il avait dit : « Jésus-Christ, en formant son église, en établit l'unité sur » ce fondement, et nous montre quels sont les principes de la » société humaine. »
^OTES DU CHAPITRE U.
(a) Les lois subséquentes ou locales, pour être bonnes, doivent être, jusqu'aux moins importantes, des conséquences plus ou moins prochaines, mais toujours naturelles, des lois fondamentales. Ce principe se lie à celui que nous avons énoncé ailleurs, qu'aucune vérité ne commence dans la société, qu'elle se développe et ne s'invente pas. Ainsi, de conséquence en conséquence, on descendrait de la loi qui défend de tuer à la plus petite loi de police qui défend d'incommoder ses voisins. La religion chrétienne va plus loin; elle ordonne de le servir, et porte
une loi plus générale encore que celle du Décaloguc (parce que la religion chrétienne est elle-même plus générale que la religion judaïque), la loi de l'amonr du prochain, loi qui supplée toutes les lois civiles, de même que la loi de l'amour de Dieu renferme tous nos devoirs envers Dieu. Ama et fac quod vis. Dans nos sociétés politiques, les lois civiles tiennent de l'esprit des lois judaïques, et se contentent de défendre et de punir le mal; mais les institutions politiques dans lesquelles des hommes se dévouent au service des autres tiennent de l'esprit du christianisme. L'Évangile distingue d'une manière admirable l'obéissance due aux lois principales et aux lois secondaires. « Il faut. » dit-il, observer les unes, et ne pas négliger les autres. »
(6) Les lois mêmes de l'ordre physique sont la volonté de celui qui a créé les corps avec les moyens nécessaires de leur conservation, et la règle de l'homme dans l'usage qu'il fait de ces moyens. L'homme ne pourrait faire croître du blé en contrariant les lois de la végétation, bâtir en contrariant celles de la pesanteur, marcher en contrariant celles du mouvement, etc.
(c) La loi qui permet le célibat n'est point opposée à la loi qui règle le mariage. La fin du mariage est de conserver le genre humain par la reproduction; la fin du célibat social est de donner à la société des ministres uniquement occupés de leurs fonctions, et qui conservent les hommes, les uns, en leur communiquant la force morale de vivre en paix avec leurs semblables, les autres, en les empêchant, par la force physique, de troubler la paix. Ce sont des lois de conservation des familles, et la société se perpétue et s'accroit bien plus par la perpétuité des familles que par la fréquence des mariages.
Plus un peuple est constitué, plus il fait de ses lois politiques des lois religieuses, et de ses lois religieuses des lois politiques, non pas en civilisant la religion, mais en consacrant la politique. Ceux qui veulent sans cesse séparer l'une de l'autre n'ont jamais compris l'homme ni la société : ils peuvent être des savants ou de beaux esprits, mais ils ne sont pas des philosophes.
[(]) Le franc ou libre arbitre, qui consiste dans la faculté de choisir entre le bien ou le mal, ne peut pas être en Dieu, souverainement libre, c'est-à-dire nécessairement parfait et déterminé par sa nature à ne vouloir et à ne faire que le bien. C'est le sens de cet axiome des thomistes que Malebranche cite avec complaisance : Moins la volonté est suspendue, plus elle est libre. Ainsi l'homme, à mesure qu'il est