LIVRE II
homme-prince dans l'Etat, homme-père dans la famille; et de là vient que la langue hébraïque donne ab, père et roi, pour racine à'aba, je veux (a).
Les lois sont la règle de Vhomme, soit qu'elles prescrivent, soit qu'elles prohibent. La loi générale est la règle de la généralité, et les lois particulières sont la règle de la localité. Les lois religieuses sont la règle de l'homme dans ses rapports avec la Divinité, et les lois politiques sont la règle de l'homme dans ses rapports avec les hommes. Les lois de la morale sont les règles de ses volontés, et les lois de la police * sont la règle de ses actions. Les lois civiles sont la règle qui conduit l'homme à l'ordre, et les lois criminelles sont la règle qui le ramène à l'ordre ; les lois domestiques sont la règle de la famille, les lois publiques la règle de l'État, les lois du droit des gens la règle des nations, etc. [b).
Les lois générales et particulières, religieuses et politiques, civiles et criminelles, privées et publiques, impératives et prohibitives, semblables dans leur cause première ou pouvoir souverain qui est Dieu, dans leur moyen ou organe, ministre, cause seconde, pouvoir subordonné qui est l'homme, dans leur effet ou leur sujet qui est le peuple, semblables dans leur principe qui est la raison suprême, dans leur fin qui est le bien absolu, ne peuvent être contraires les unes aux autres dans leurs dispositions, parce qu'il ne peut y avoir en Dieu des volontés contradictoires, et que l'homme ne peut, dans le même état de société, obéir à la fois à des règles opposées (c).
' J'entends par police toute règle des actions humaines. C'est dans ce sens que les Grecs le prenaient. Ils tiraient le mol police du mol polis, ville, parce que la cité chez ces petits peuples était toute la société. De là vient que chez nous la police est la loi politique de la ville , et la loi politique est la police de l'État,
La loi est la règle de Vhomme, puisqu'elle le conduit par le iherain le plus court au bien où il tend, en lui apprenant ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter. Elle est la pensée de Dieu pour former la pensée de Ihonime, la raison de Dieu pour éclairer la raison de l'homme, la volonté de Dieu pour diriger les actions de l'homme : elle suppose en Dieu l'intelligenee qui peut enseigner, parce que cette intelligence sait tout d'elle-même, et dans l'homme l'intelligence qui doit apprendre, parce que cette intelligence ne sait rien d'elle-même; en Dieu le pouvoir de commander, dans l'homme le devoir d'obéir, et par conséquent la faculté de ne pas obéir, ou le libre arbitre [d).
La%?ïmMyedesactions humaines consiste dans leur conformité à la loi générale, et leur légalité dans leur conformité aux lois locales. Légitimité est perfection, bonté absolue, nécessité; légalité Qsl convenance, bonté relative, utilité. L'état le meilleur de société est celui où l'état légitime est légal, et où l'état légal est légitime, c'est à-dire celui où les lois locales sont des conséquences naturelles de la loi générale, où tout ce qui est bon est une loi, et où toute loi est bonne. C'est là ce que veut dire J.-J. Rousseau dans ce passage déjà cité, où distinguant les lois fondamentales des lois politiques, il dit : « Les lois po- » Iftiques sont fondamentales elles-mêmes, si elles sont » sages (e). »
Tout peuple dont les lois particulières ou locales, loin d'être des conséquences naturelles de la loi générale et fondamentale, permettent l'infraction de cette même loi, comme l'idolâtrie. Je culte barbare ou licencieux, le droit illimité de la guerre, la polygamie, n'est pas un peuple civilisé, quelque poli qu'il soit