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contre les enfants, des maris contre les femmes, des maîtres contre les esclaves, des citoyens contre les citoyens, lutte éternelle du peuple contre les grands, arène sanglante où toutes les passions se disputaient tous les pouvoirs.
Enfin ils ne connaissaient pas même la nature physique qu'ils peuplaient d'une infinité de dieux chèvres, serpents, poissons, pierres, plantes, fleuves, etc. : populace de divinités qu'il a fallu chasser de la nature, pour pouvoir étudier la divinité même de la nature; je veux dire, les merveilles de la végétation, de la fécondation, les propriétés des éléments, le cours des astres, les lois générales du monde matériel, sur lesquels les plus graves des anciens nous ont transmis tant de puérilités et d'extravagances. Et sans parler de Tite-Live, qui pour tout événement a un prodige, Tacite lui-même, le grave Tacite, ne rapporte-t-il pas sérieusement qu'au-delà de la Germanie est une mer immobile où le soleil va se plonger; que, lorsqu'il en sort, on entend le bruit de son lever, et on voit la tête du Dieu couronnée de rayons? C'est là, dit-il, que finit la nature, et il s'abstient d'affirmer, comme n'en étant pas bien sûr, que certains peuples, situés sur les rivages de cet océan merveilleux, ont des têtes d'hommes sur des corps d'animaux.
La religion chrétienne nous fait connaître Dieu et l'homme, et parée qu'elle nous rcvèle la connaissance de la cause de tout et du moijen de tout, elle nous prépare à la connaissance de tous les effets, et c'est à cette généralité qu'elle a mise dans nos idées qu'est dû ce génie de méthodes générales, à l'aide desquelles nous avons fait tant de progrès dans la connaissance des lois générales des corps. Elle nous fait connaître de Dieu tout ce qui suffit à notre raison, ou plutôt tout ce à quoi notre raison suffit, et de l'homme tout ce qui suffit à son bonheur. Elle ne retranche rien dans nous ; elle y règle tout, et même les affections les plus impétueuses. Corpus non domandum, sed regendum, dit saint Jérôme, et elle met en action tout ce qui y est passion. Elle règle la société présente par la société future; elle punit ou récompense tout ce que les hommes, par ignorance ou par faiblesse, laissent icibas sans récompense ou sans châtiment, et elle est, en un mot, vraie dans ses croyances comme Dieu, réelle dans son culte comme l'homme.
[c] L'analogie est évidente entre cette vérité de raisonnement, que cause, moyen, effet embrassent l'ordre universel des êtres et de leurs rapports, et cette vérité de foi, que les dogmes de la Triniié, de Vincar-
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nation, de la rédemption, embrassent l'économie entière de la société religieuse. En efiFet, la Divinité dans ses trois personnes est cause créatrice. « Faisons l'homme, » dit-elle au livre des révélations. L'incarnation est le moyen de salut ou de conservation, puisque le médiateur est verni pour éclairer et sauver les hommes; la rédemption des hommes en est Veffet, puisque les hommes sont conservés, c'est-à-dire, éclaires et sauvés par lui.
Arrêtons-nous ici un moment, pour présenter au lecteur une vue générale du système de vérités que je viens d'exposer à son intelligence. J'établis comme une vérité philosophique incontestable que ces trois idées générales cause, moyen, effet, comprennent l'ordre universel des êtres et de leurs rapports, et l'on peut défier tous les savants de trouver ou même d'inventer un être qui soit hors de cette catégorie fondamentale. J'établis ensuite que ces trois idées générales, pouvoir, minière, sujet, comprennent l'ordre général des personnes et de leurs rapports, appelé société, et il ne saurait exister un homme, un seul homme, hors de cette catégorie sociale. Ces personnes, pouvoir, ministre, sujet, (|;u prennent divers noms, selon l'ordre de société auquel ils appartiennent, correspondent une à une aux idées universelles, cause, moyen, effet, et cela doit èti'c, pour qu'il y ail de l'harmonie dans l'univers ; car l'harmonie générale n'est autre chose que l'accord entre tous les systèmes de vérités.
Cet ordre ou système universel des êtres compris sous ces trois idées universelles, cause, moyen, effet; ce système général de la société compris sous ces trois idées moins générales, pouvoir, ministre, sujet, nous les avons retrouvés dans le système individuel de l'homme considéré en lui-même. Son opération intellectuelle et physique noms présente aussi dans sa volonté une cause ou pouvoir, dans ses organes un moyen ou ministre, et un effet ou sujet dans les objets soumis à son action, et qu'elle modifie suivant l'ordre de la volonté. Cette vérité est renfermée dans la belle définition que le célèbre Stahl donne de notre âme, ens activum, movens, inteUigcns; activum pour déterminer la volonté, movens pour mouvoir les organes, intelligens pour diriger leur action. Ainsi la raison philosophique du christianisme se trouve dans les perceptions de notre raison, telles que le langage, expression fidèle d'idées vraies, nous les présente, et qu'il renferme dans la catégone la plus générale et la plus simple; catégorie, mot célèbre, idée vaste, connue du plus fameux sage de l'antiquité païenne, mais dont, faute d'avoir en-