‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 68 sur 79 · LIVRE fi · texte numérisé non relu

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tendu la parole de vie, il a fait un usage si arbitraire, si obscur et si inutile.

Ainsi l'homme, la famille, l'État, la religion, l'univers. Dieu même, nous présentent, chacun dans l'ordre de son être et le système de ses relations, trois personnes, trois opérations ou trois rapports, partout la frinité dans l'unité ', partout similitude, proportion, harmonie. Ainsi l'homme est contenu dans l'a famille, la famille dans l'État. l'État dans la religion, la religion dans l'univers, l'univers et tout ce qu'il renferme dans l'immensité de Dieu, centre unique auquel tout se rapporte, circonférence infinie qui embrasse tout, principe et fin, alpha et oméga des êtres. Ainsi mille cercles inscrits, semblables en nombre de parties, inégaux en grandeur, identiques en propriétés ou rapports de parties, ont tous un centre commun, et sont tous compris dans uae même circonférence.

. C'est dans ces considérations générales, dont le langage nous présente la pensée et nous affirnre la vérité, que nous avons trouve l;i nécessité du médiateur, moyen universel entre les deux extrêmes de la société, Dieu et l'homme ; et appliquant à ces hautes rechcrclies les règles des proportions générales ou mathématiques, comme le langage nous y autox'isc, nous en avons conclu la nécessité métaphysique de cet être ineffable dont la religion nous enseigne l'existence, et de qui l'on peut dire : L'homme est au médiateur ce que le médiateur est à Dieu. Mais il y a encore des considérations importantes à tirer du langage lui-même, car si l'art de la parole n'est pas inné dans l'homme, comme une expérience continuelle nous le fait voir; s'il ne peut être inventé par riiomme, comme on peut le prouver en considérant le rapport de notre pensée et de nos organes, l'art de la parole est nécessairement acquis, il est reçu, reçu d'un être qui est intelligent par lui-même, puisqu'il a par lui-même l'expression de la pensée. Un être qui est et qui a par lui-même est un être nécessaire, donc infini, puissant, bon, etc., etc. De là la nécessité rigoureuse de la révélation on de la transmission que Dieu a faite à Fhomme des connaissances bonnes et nécessaires : transmission connue ou soupçonnée de tous les peuples ;

' On voit la raison de l'importance que tous les peuples ont aitaclKt- au nombre trois, et dont on trouve ia preuve dans les philosophes de l'antiquité comme dans ses poètes. Trois est le nombre nécessaire de toute proportion entre les êtres , et la société n'est qu'un ensemble de proportions et de rapports.

révélation d'abord orale, plus tard écrite ou fixée pour la conserver dans la mémoire des hommes, « parce que. dit Varion, le peuple » n'est pas maître de l'écriture comme de la parole; » révélation enfin, source de toutes nos connaissances morales, et fondement des lois (le tous les peuples.

Ainsi je n'ai pas prouvé l'existence de la révélation, mais la nécessité de la révélation, qui emporte la certitude de son existence ; je n'ai pas prouvé l'authenticité matérielle des livres saints, mais la nécessité des livres saints qui emporte la certitude de leur authenticité; je n'ai pas prouvé la divinité de la mission du médiateur, mais la nécessité même du médiateur qui emporte la certitude de sa divinité et de son humanité : nécessité qu'il ne faut pas entendre d'aucune contrainte, mais d'une conformité parfaite à la nature des êtres qui sont en rapport de société et en proportion de similitude. Ces preuves sont nouvelles peutêtre; mais si les nuages répandus sur la religion les demandent, les progrès de notre raison les permettent, et surtout les plus grands intérêts de la société les réclament.

On peut voir à présent à quels termes simples se réduit la célèbre (piestion, si la raison fournit des preuves suffisantes de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, des peines ou des récompenses de l'autre vie, ou si ces vérités fondamentales ne peuvent être prouvées que par la révélation ; car comme il n'y a que deux espèces d'êtres, les êtres intellectuels et les êtres solides, et deux manières de les connaître, les idées et les images, tout ce qui ne peut pas être connu par une image ne peut être connu que par une idée, et vice versa. Or, l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, ne peuvent être l'objet d'aucune figure ou image ; donc elles ne sont perceptibles que par leur idée. Mais l'idée elle-même n'est perceptible que par son expression ou la parole, cl nous avons prouvé que la parole était révélée; donc toutes les vérités morales ne nous sont connues que par la révélation, orale ou écrite, comme l'existence des corps ne nous est connue que par leur image. Et même remarquez que l'existence des corps absents, et qui ne nous transmettent point d'image directe, ne nous est connue que par l'autorité d'une révélation; car comment sais-je autrement que par voie d'autorité, et par le rapport qu'on m'en a fait, que César et Babylone ont existé, qu'Alexandre a vaincu Darius, et qu'il j a des sauvages dans les forêts de l'Amérique? C'est ce qui fait qu'on se sort de l'expression croire pour rendre celte connaissance, et qu'on dit : Je crois

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