‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 1 sur 202 · PROGRÉS DE LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

PROGRÉS DE LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE

La religion chrétienne faisait des progrès rapides; et celte religion, sans temples et presque sans autels, riche de vertus, heureuse de souffrances, éloquente de prodiges; cette religion qui prêchait une morale si sévère à des peuples si corrompus, qui faisait briller des vertus si pures au sein d'une dépravation si générale; cette religion qui interdisait les désirs à des hommes à qui les lois permettaient jusqu'aux actes extérieurs, se répandait dans tout l'univers; et au scandale de la philosophie qui veut que la religion soit une loi du climat, elle établissait la tempérance dans les climats glacés, la chasteté sous le ciel le plus brûlant, et le modèle de la vie la plus austère chez le peuple le plus voluptueux. Elle pénétrait jusque dans le palais des Césars, et les Césars s'obstinaient à la méconnaî- • (re. Elle arrive ainsi, entre une persécution déclarée et une 11, 1

6 TEIÉORIE DU POUVOIR.

tolérance équivoque, jusqu'au règne de Constantin. La foi chrétienne était, à cette époque, celle du plus grand nombre des membres de la société; mais il lui manquait d'être celle du corps social lui-même, ou de se réunir à la société politique. En vain le sénat de Rome veut soutenir les autels chancelants du paganisme; le gouvernement est entraîné, et la religion chrétienne s'asseoit avec Constantin sur le trône des César:.

Dès que la religion est devenue société extérieure, elle doit avoir des propriétés : c'est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, une loi dérivée de l'essence même de la société, puisqu'une société constituée doit être nécessairement indépendante, et qu'il ne peut exister d'indépendance sans propriété. De nouveaux rapports se développent, c'est-à-dire que la société se perfectionne. Si le pouvoir général de la société, la divinité du fondateur de la religion chrétienne, est attaqué .par Arius, la force générale conservatrice de la société, la profession sacerdotale s'assemble en corps; les États généraux de l'Église ( c'est de ce nom que s'appellera désormais la société chrétienne) sont convoqués, et le premier concile s'ouvre à Nicée pour établir et confirmer contre Arius la divinité de Jésus-Christ. Ainsi en France, lorsque la loi fondamentale de la succession masculine est attaquée à lavénement de Philippe-le-Long à la couronne, et à celui de Philippe de Valois, une assemblée de notables en 1316, les États généraux en 1328, confirment et défendent, contre les prétentions de Jeanne, fille de Louis-le-Hutin, et contre celles dÉdouard, roi d'Angleterre, la loi du royaume et celle de la nature *.

' On élève quelquefois la question de savoir si toutes les provinces de France, si la Navarre, par exemple, est soumise à la loi salique; c'est une question oiseuse; toutes les proviniesd'un royaume, tous les royaumes doivent y être soumis, parce que celte loi est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres. Il est dit à la femme, dans le code des sociétés : Sub viri potestate eris, et ipse dominabitur tul. Gènes, m, 16.) La monarchie Antri-» chienne a obéi elle-même à la loi salique, lorsqu'elle a placé sur le trône la maison de Lorraine-Autriche.

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