CHOIX DES CURÉS
II faut, avons-nous dit, pour garantir la honlé d'un choix, l'éducation, la présentation, le choix, l'approbation. Toutes ces conditions se trouvent également remplies dans le choix des seconds pasteurs.
L'éducation ecclésiastique a fait des prêtres : puisqu'ils sont prêtres, ils doivent être tous aptes à en remplir les fonctions : la religion les présente en les consacrant; le prédécesseur choisit; l'évéque approuve.
Le prédécesseur choisit; l*' parce qu'il connaît mieux que personne les besoins de sa paroisse; 2° parce qu'il peut mieux connaître qu'un autre les qualités du sujet.
L'Evêque approuve, parce qu'il doit connaître ses coopéraleurs, et que les pasteurs du second ordre ne peuvent tenir que du premier pasteur le droit d'exercer leurs fonctions.
Je maintiens donc la résignation ou la démission en faveur d'un sujet désigné, comme le moyen le plus conforme à la constitution de l'Etat, et par conséquent le plus propre à procurer de bons choix. En effet, ce moyen assure, humainement parlant, la perpétuité du ministère ecclésiastique, en faisant, en quelque sorte, des familles sacerdotales, comme il y a une famille royale et des familles militaires et sénatoriales.
Un bénéCcier élève son neveu, son frère, son parent dans l'état ecclésiastique; et la famille, à laquelle la religion ne défend pas tous motifs temporels, voit avec plaisir un enfant prendre un état qui lui assure la considération et la subsistance : qu'on ne parle pas de vocation : très-peu d'hommes naissent avec une disposition particulière pour un état déterminé.
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La plupart des hommes naissent Jndifférents à tout ce que la société veut faire d'eux. Les hommes à qui la nature a donné un bon esprit, un cœur sensible, et un corps robuste, sont capables de remplir, avec une égale distinction, les fonctions les plus opposées. Peut-on croire que Bossuet eût été, dans la carrière des armes, un homme médiocre, ou que Fénelon n'eût pas rempli, avec succèS; celle des négociations?
Il se fait donc, dans les familles, des habitudes de vocation ecclésiastique, qui ne sont pas pour cela, dans l'individu, des vocations d'habitude; et dans ces familles bourgeoises si respectables, qui cultivent elles-mêmes leur antique propriété dans la simplicité de la vie champêtre, l'état ecclésiastique devient héréditaire, comme les bonnes mœurs, l'économie, l'attachement à la religion et au roi.
Si l'on ne peut détruire dans l'homme, même le plus modéré, le désir de dominer ou de s'élever au-dessus des autres, les démarches faites dans celte vue, criminelles peut-être aux yeux de Dieu, seront sans reproche aux yeux des hommes? lorsque adressées à un oncle, à un frère, à un parent, elles prendront l'apparence de la reconnaissance ou d'une affection naturelle : au lieu que, si l'on laissait la présentation des curés aux curés de l'arrondissement, comme j'ai laissé la présentation des évêques à ceux de la province, il serait à craindre que le défaut d'éducation et de tact ne donnât quelquefois à des démarches, peut-être désintéressées, un caractère de bassesse qui avilirait aux yeux des peuples les ministres et le ministère.
Personne ne peut mieux connaître les besoins de la paroisse que celui qui l'a longtemps gouvernée, ni les qualités du sujet que celui qui lui a donné presque toujours la première éducation, et sous les yeux duquel il a souvent exercé ses premières fonctions.
Après tout, si un parent prévenu fait un mauvais choix, la faute en est à l'évêque qui a fait le prêtre ou qui approuve le curé.
Si le curé doit choisir son successeur, à plus forte raison il doit choisir ses vicaires.
Il faut donc conserver ou établir la résignation '.
Je dis établir; car, lorsque la collation est faite par des corps ou des individus ecclésiastiques, par des corps ou individus séculiers, il y a nomination, mais il n'y a pas de choix; parce que les premiers ne peuvent pas connaître les besoins de la paroisse, et que les seconds ne peuvent connaître ni les besoins de la paroisse, ni les qualités qu'exige la profession.
On m alléguera des droits : j'opposerai l'inlérêt de la religion, celui de l'État, la constitution, la nature des choses; et quel est le laïque chrétien, qui puisse être jaloux, du droit de conférer l'administration d'une paroisse?
Si le prédécesseur n'a pu ni voulu résigner, alors les grands vicaires du diocèse se trouvent naturellement substitués à ses droits; ils choisissent, etl'évêque approuve.
N"est-il pas dans la nature des choses que les paroissiens choisissent leur curé? Comme il est dans la nature des choses que les enfants choisissent leur précepteur, les accusés leur iuge, et l'ennemi le général qui lui est opposé. Le curé ne peut être nommé que par ses confrères ou par le peuple, par Tévêque ou par son prédécesseur. On vient de voir l'inconvénient de la nomination par les curés, et l'absurdité de la nomination faite par le peuple. Le choix fait par l'évèque n'aurait pas de moindres abus; et l'on verrait les mêmes intrigues pour obtenir les bénélices à charge d'âmes, que celles qu'on voyait à la cour pour obtenir des bénéfices simples. Ces intrigues, plus aperçues dans de petites villes, en seraient plus scandaleuses. On peut voir dans les histoires les abus énormes des
' « La résignation, qui pouvait obvier à quelques abus, mais qui établissait » pour on ministère spirituel une succession un peu trop séculière, ne peal » plus convenir à la corruption des hommes, ni aux progrès de leurs connais- » sances en administration. »
Législation primitive. Traité du Minist. public, t. II, ch. x, page3o4. {^ote de ledit.)
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élections qui se pratiquaient autrefois; il ne reste donc que la nomination par résignation.
La résignation présentait des abus : son succès ne doit pas dépendre de l'activité d'un banquier, ni de la diligence d'un courrier. La nature de la société établit le principe, l'homme y ajoute ses erreurs.
Il y avait, ce semble, dans le gouvernement intérieur des diocèses, quelques abus qui venaient des hommes, et non des institutions. Par une disposition commune en France à toutes les autorités, et dont je parlerai en son lieu, le supérieur cherchait peut-être à abaisser l'inférieur, et celui-ci cherchait à se soustraire à son supérieur. Il faut que le curé jouisse, chez son évèque, de la considération due à ses fonctions, et que l'évêque jouisse, sur les ministres subordonnés, de l'autorité de son caractère et de sa place.
L'éducation sociale et l'éducation ecclésiastique préviendront les abus. Il y a des tribunaux ecclésiastiques ou civils pour punir les délits.