DE TOUT L OUVRAGE
Capitole, la demeure des dieux protecteurs de l'empire, et le gage éternel de sa durée \
Chez tous ces peuples, ces monuments, que la philosophie traite de superstitieux et de frivoles, mais dont si peu de gens sentent la force et l'effet, réunirent tous les citoyens en un corps indissoluble, les attachèrent les uns aux autres, et tous à leur sol\
Le Français est un peuple aussi, et il est un grand peuple; il est grand par son intelligence, par ses sentimets, par ses actions. Hélasî il est grand... jusque par ses crimes.
Au centre de la France, et dans la position la plus embellie par les vastes décorations de la nature, j'élèverais aussi un monument qui réunirait aux proportions imposantes des pyramides Égyptiennes la majesté sainte et sublime du temple de l'antique Sion, l'intérêt national du Capitole Romain.
Je le consacrerais au Dieu de l'univers, au Dieu de la France..., a la Providence; à ce Dieu de tous les hommes, même de ceux qui le nient; de toutes les nations, même de celles qui l'outragent; de toutes les religions, même de celles qui le défigurenl; à ce Dieu qui si longtemps a protégé la France, et qui la punit parce qu'il la protège encore; à ce Dieu qui ne l'a livrée un instant h la fureur de l'athéisme, que pour la préserver du malheur affreux de devenir athée; à ce Dieu qui a versé tant de consolations au sein de tant de douleurs, tant de secours au sein de tant de misères, tant d'espoir au sein de tant de malheurs; à ce Dieu qui a fait briller tant de foi au milieu de tant d'impiété, tant de force au milieu de tant de faiblesse, tant de vertus au milieu de tant de crimes; à ce Dieu qui a permis tant de forfaits, et qui exerce tant de vengeances; à ce Dieu qui, au moment où il livrait vos corps à la rage des bourreaux, vous recevait dans son sein, ô mes rois! ô mes maîtres! ô vous ministres de la religion et de la société! prêtres fidèles, militaires intrépides, magistrats ver-
• Corn. Tacit. Hist.
^ J.-J. Rousseau. Gouv. de Pologne.
lueuxl et vous que la faiblesse de votre sexe ou de votre âge et l'obscurité de votre condition réservaient à des malheurs moins éclatants, mais que la grandeur de votre courage a associés par celte fin honorable aux défenseurs de la société; vous tous enfin, parents, amis, concitoyens, martyrs de votre foi en votre Dieu, de votre fidélité à votre roi!
Ce temple serait l'objet des vœux et des hommages de la nation; tout Français accourrait des extrémités du royaume pour adorer le Dieu de la France, et s'en retournerait meilleur et plus heureux.
Sous les portiques de ce temple auguste s'assemblerait la nation en États-généraux; et le Dieu qui punit les parjures recevrait des serments qui ne seraient pas violés.
Sous ces voûtes sacrées, le roi serait dévoué par l'onction sainte, à la défense de la société religieuse et au gouvernement de la société politique. Il jurerait protection et respect à la religion, justice et force à la société; la religion promettrait de le défendre, la société de lui obéir; les échos du temple répéteraient ces serments solennels, et Dieu qui les entendrait en serait le garant et le vengeur.
Sous ses parvis majestueux, la dépouille mortelle du monarque recevrait les derniers honneurs que la religion rend à ce qui fut homme, et que la société doit à ce qui fut foi; et dans les premiers États-généraux qui suivraient l'intervalle d'un siècle, lorsque l'amour et la haine, le ressentiment et la reconnaissance seraient descendus dans le tombeau, l'impartiale postérité dicterait à la nation assemblée, l'inscription qui éterniserait sa mémoire, ou la condamnerait à un éternel oubli.
Dans le péristyle du temple, seraient placées les statues, seraient inscrits les noms de ceux qui auraient employé leurs talents à défendre la société ou à l'embellir. Là le prélat serait a côté du guerrier, le savant à côté du magistrat, l'écrivain ingénieux et décent à côté de l'homme d'Etat éclairé et vertueux.
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C'est au milieu de ces grands objets que le jeune roi serait élevé \ comme Joas à l'ombre du sanctuaire; il ne verrait dès ses plus jeunes années que des objets capables d'élever son esprit, d'ennoblir son cœur, de perfectionner même ses sens, de diriger toutes ses pensées, toutes ses affections, toutes ses actions, vers les notions sublimes, le scntimmt profond, le culte respectueux de cette Providence éternelle qui punit les peuples et qui juge les rois. ,
Qu'il serait imposant et religieux, j'allais dire, qu'il serait politique, le vœu solennel que feraient la France, son roi, la société entière, d'élever, dans les jours de l'ordre et de la paix, un temple a la Providence! qu'il recevrait d'intérêt des circonstances! qu'il emprunterait de grandeur de son objet et d'utilité de ses effets! qu'il serait propre à raffermir dans les esprits la foi de la Divinité ébranlée par d'affreux désordres, à bannir des cœurs ces haines furieuses allumées par les discordes civiles, à effacer par un spectacle auguste et religieux, l'impression qu'ont faite sur les sens tant de spectacles licencieux et barbares!
Français! qui que vous soyez, malheureux ou coupables, parce que des opinions mensongères ont pris la place de sentiments vrais et profonds, que ce vœu retentisse au fond de vos cœurs, qu'il soit répété par chacun de vous, et il sera exaucé!... et Dieu sera rendu à la société... et le roi à la France, et la paix à l'univers.
' Voyez le chapitre XII de la Théorie de l'éducation publique, pag. 230 de ce volume.