‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 137 sur 202 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mière parole dite à la famille, comme, plus lard, elle fut la première écrite pour un peuple; et alors Dieu, le pouvoir, les fondions, les devoirs, tout fut révélé à l'honiine, et le père de famille n'eut qu'à en transmettre la connaissance et à en ordonner l'exécution.

c< C'est surtout par les rapports des patriarches avec la so- » ciété, dit l'estimable auteur de \ Essai hisionqut sur la puis- » sance paternelle \ que la puissance du père s'accrut dans les )) premiers âges. On confondit peu à peu ses volontés avec » celles dont le culte religieux le rendait l'organe. Ainsi se » forma cette opinion générale des siècles héroïques, qui leur » attribuait une influence surnaturelle sur les éléments et sur » la destinée. Cette influence i)laçail dans ses mains tous les » attributs de la justice divine. » De là, suivant le même auteur, la malédiction paternelle, ou l'excommunication domestique, qui imprima une terreur si profonde, qu'elle s'est prolongée au travers des siècles jusqu'à nos jours.

Aussi c'est uniquement dans le pouvoir divin que la religion chrétienne trouve la raison des lois domestiques. « Maris, dit- » elle, aimez vos femmes comme le Seigneur a aimé son Eglise, » et jusqu'à se livrer à la mort pour elle, femmes, sovez sou- » mises à vos maris comme au Seigneur; enfants, obéissez à » vos parents dans le Seigneur. »

Ainsi l'homme ne doit rien à l'homme, que pour Dieu et en vue de Dieu : là est la vraie égalité et la vraie liberté des enfants de Dieu, à laquelle le christianisme nous élève, et tout devoir humain cesse là où l'on ne reconnaît plus de pouvoir divin.

Ainsi les lois physiques domestiques sont l'énoncé des relations ou rapports du père, de la mère, de l'enfant; et les lois morales domestiques que l'on appelle aussi mœurs, sont l énoncé des relations ou rapports des personnes morales, du pouvoir, du ministre, du sujet.

' M. A. Nougarede.

Ainsi toute famiile où le père ne pourra pas cesser d elrc pouvoir, la mère d'être subordonnée, le fiîs d être dépendant, aura de bonnes lois ou de bonnes mœurs; et la famille aura de mauvaises lois ou de mauvaises mœurs, lorsque les personnes morales pourront cesser d'être dans leurs rapports respectifs.

Ainsi les mœurs domestiques sont différentes des mœurs individuelles, ou de la conduite de l'individu; car l'homme peut être déréglé dans une société bien réglée, ou réglé lui-même dans une société qui ne l'est pas. Ici, l'homme est meilleur que la société; là, la société est meilleure que l'homme.

Ainsi, adore Dieu, honore ion père cl ta mère, est la loi fondamentale de la famille, dont les lois domestiques subséquentes doivent être la conséquence naturelle ou vraie, là où Dieu sera servi et le père obéi; fausse et contre nature, là où Dieu sera outragé par un culte faux, et le pouvoir domestique anéanti par des lois insensées.

Ainsi la religion est le lien des personnes domestiques, le iien de Dieu et des hommes, le lien des êtres intelligents, à religare; lier doublement *.

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