‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 136 sur 202 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

inventer est penser, et penser est parler intérieurement. Il faut des sio^nes pour penser, parce qu'il en faut pour parler; et l'on peut dire, en se résumant, que Vhomme pense sa parole avant de parler sa pensée, et exprime sa pensée pour lui-môme avant de l'exprimer pour les autres.

Dans la parole divjne est la raison humaine, comme dans la parole du père est la raison de l'enfant. De là vient qu'en grec, parole et raison s'expriment par le même mot, logos; et l'homme n'aurait pu, de lui-même, raisonner, puisque, de luimême, il n'aurait même pu parler; et si je ne connais pas l'incompréhensible mystère de la parole humaine, pourquoi voudrais-je pénétrer le mystère de la parole divine?

r^a société, entre Dieu et l'homme primitif, a tous les caractères généraux de la société que nous avons remarquée entre les hommes, et j'y vois les personnes morales : \c pouvoir, qui est Dieu; les sujets, qui "sont les personnes domestiques; le ministre, qui est le père de famille; moyen aussi entre les deux extrêmes de celte proportion continue, « Dieu est au père, comme » le père est à l'enfant. » Le père est passif, actif à la fois, participant de la dépendance de l'enfant et du pouvoir de Dieu même, recevant des ordres pour les transmettre, et obéissant à

un pour commander à l'autre.

Et je ne vois nulle part de vérité historique mieux prouvée

ue la religion des premières familles, et le sacerdoce des preniers patriarches.

Dans ce culte domestique de la Divinité, la mère avait une

lace distinguée, ou peut-être quelque fonction particulière |elative à son rang dans la famille. De là les prêtresses de la

eligion païenne, et celte disposition ordinaire aux peuples

nciens, dont on aperçoit encore des traces dans les temps nodernes, à attribuer aux femmes quelque chose de surhumain,

t particulièrement la connaissance de l'avenir. Iness^! guin

tiam feminis sanctum aliquid et providum putant, dit Tacite en

arlant des Germains.

Ainsi l'existence de l'homme prouve la création des êtres,

et l'existence delà famille prouve la conservation de l'homme; donc elle prouve la connaissance des rapports] naturels des hommes en famille, seuls moyens de conservation: l'instruction, seul moyen de connaissance; la parole, seul moyen d'instruction; Dieu en6n, qui seul connaît par lui-même les rapports des êtres qu'il a créés, et qui peut seul les révéler aux hommes.

Cette parole, qui apprend les rapports naturels, s'appelle Zoi. La loi est donc l'énoncé des rapports naturels entre les personnes : vérité universellement convenue depuis Cicéron, qui a dit : Lex est ratio profecta à naturâ rerum, jusqu'à J. J. Rousseau, qui a dit : a Les rapports naturels et les lois doivent » tomber toujours de concert sur les mêmes points. »

C'est par le sentiment de cette vérité, que les législateurs anciens ont appelé les lois la pensée de Dieu, mentem Dei, dit Cicéron; que J. J. Rousseau a appelé les lois la parole de Dieu : (( Ce que Dieu veut qu'un homme fasse, dit-il, il ne le lui fait » pas dire par un autre homme, il le lui dit lui-même, et l'écrit )) au fond de son cœur. » Et le vrai philosophe qui sent que cette opinion * fanatique est la théorie de toutes les extravagances et l'arsenal de tous les forfaits, met la réalité à la place de la métaphore, complète la pensée de Cicéron, redresse celle deJ. J. Rousseau; croit avec l'un, à une pensée divine; avec l'autre, a une parole divine, mais parole donnée à un homme pour les hommes, parole réelle, et que l'homme puisse entendre quand i! veut bien l'écouter. C'est ce qui fait dire à Ch. Bonnet : « La loi (révélée) est l'expression même physique de \a y ohnté j » de Dieu. »

Ainsi, adore Dieu, honore ton père et ta mère, dut être la pro-

' Le fanatisme consiste à croire que Dieu agit perpétuellement sans moyens, comme un prince qui, s'en remettant à Dieu fin soin de le défendre par une opération surnaturelle, négligerait de lever des troupes. La superstition consiste à croire que Dieu agit toujours par des moyens sans rapport à leur fin, verbis, herbis, lapidibus, disait Cagliostro. L'entliousiasme ou zèle est bon ou mauvais, selon sa fin et ses movens.

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