‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 139 sur 202 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

aperçoit des familles rapprochées; et des voisins qui plaident aujourd'hui, auraient pris les armes il y a quelques siècles.

L elat domestique est nécessaire pour reproduire et conserver l'homme : il se forme un étal public ou gouvernement politique, pour multiplier et conserver les familles. J'aperçois en effet, dans tous les temps et chez tous les peuples, un homme qui parle et qui ordonne, et des hommes qui écoutent et qui obéissent, c'est-à-dire, des hommes en état actif et des hommes en état passif : j'aperçois d'autres hommes (magistrats ou guerriers), moyen entre les deux extrêmes, placés à égale distance du pouvoir et des sujets, recevant les ordres qu'ils transmettent, et obéissant pour commander.

Non-seulement j'aperçois cet ordre dans l'univers, mais la raison me dit que cet ordre est naturel, qu'il ne peut pas exister autrement pour la conservation des familles; qu'il fau! une volonté générale pour donner à toutes les volontés une direction commune, et une action générale pour empêcher le choc des actions particulières; et s'il est prouvé que cet ordre est nécessaire, je m'inquiète peu si dans son principe il est volontaire ou forcé *, et je ne vois pas de contrat, là où'e vois une nécessité.

J'aperçois donc un pouvoir humain, des ministres, des sujets, qui ne sont pas des pères, des mères, des enfants, considérés sous le rapport physique; mais qui, ayant pour fin de leurs relations la multiplication des familles et leur conservation, présentent une fin semblable à celle de la famille, qui a our objet la reproduction et la conservation de Ihomme, et nt ainsi une fin générale ou publique, comme la famille en a ne particulière et domestique.

• Platon, dans sa République, considère aussi trois ordres de citoyens, les uges, les guerriers, les artisans : mais les juges et les guerriers ne sont, dans a société, qu'une personne, puisqu'ils ne sont que le moyen intérieur ou exérieur de conservation de la société. A cette distinction des personnes sociales, !orrespond celle des vertus cardinales. La prudence appartient au chef, la

jrorce au ministre, la tempérance ou la modestie au sujet, la justice à tous;

|car elle conserve tous les rapports.

De celte similitude dans les movens et dans la iin, naît une similitude dans les appellations. Le pouvoir, dans toute société religieuse et politique, est appelé paternité, et les sujets sont appelés des enfants; et c'est ce qui fait dire à l'auteur du discours préliminaire : « les magistrats sont des pères partout » où les pères sont des magistrats. »

Dans la société domestique ou la famille, le pouvoir est homme, il est un; et dans la société publique ou générale appelée État, le pouvoir doit être homme, il est toujours un, malgré des apparences contraires; car un homme seul propose la loi que tous acceptent; souvent même un seul décide quand plusieurs délibèrent. Dans toute assemblée législative, un vide le partage; et la seule différence, à cet égard, entre la démocratie la plus illimitée et la rovauté héréditaire, est que l'unité est fixe dans celle-ci, et perpétuellement mobile dans celle-là.

Dans la famille, société d'individus, le pouvoir, le ministère, le sujet, sont dans l'individu; dans l'État, société de familles, le pouvoir, le ministère, le sujet, sont souvent dans la famille. Les familles du ministère public sont appelées notables ou nobles. Quelquefois le pouvoir seul est dans la famille, comme en Turquie; quelquefois le ministère seul, comme en Pologne; ici, le pouvoir et le ministère sont dans les mêmes familles, appelées patriciennes, comme dans les aristocraties et les oligarchies; là, tout est dans les individus, comme dans les démocraties.

Dans la famille, les personnes, les lois, les fonctions, les devoirs, les vertus, sont domestiques ou privées; dans l'État, tout est public, personnes, lois, fonctions, devoirs et vertus.

La société publique n'a pas détruit ni même altéré les rapports de la société domestique, puisque l'enfant est mineur ou sujet dans la famille, même alors qu'il est majeur ou autorité dans l'Etat; et que le père est sujet dans l'État, quoiqu'il ait le pouvoir dans la famille. Une fois l'État public formé, le pouvoir domestique est bien distingué de la paternité phvsique; 1" puisque le pouvoir existe même là où la paternité n'est que

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