‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 140 sur 202 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

présumée, suivant cet axiome de droit : Paler est is quem justœ nupliœ demonslrant; 2 " parce que, même lorsque le père a cessé d'être, le pouvoir continue dans ses dernières volontés, et même à perpétuité dans les substitutions; 3" le pouvoir se trouve même là où la paternité n'était [)as, comme lorsque l'aïeul succède au pouvoir du père mort, sur les enfants de celui-ci; 4" le pouvoir est transmissible, et la paternité ne l'est pas, comme lorsqu'un père nomme un tuteur à ses fils en bas âge. Le pouvoir public, qu'on appelle aussi politique quand il administre l'État, et civil quand il règle les familles, regarde la mère seulement comme une personne domestique et le ministre du mari, puisqu'elle doit en être autorisée pour tous les actes civils auxquels elle intervient.

Les passions qui troublent la famille ont bien plus de violence dans l'Etal, parce qu'en même temps qu'elles sont allumées par l'ambition du pouvoir public, elles ne sont pas amorties par l'influence des aCFections domestiques.

Le pouvoir bumain ne peut retenir par lui-même les ministres et les sujets à leur place, puisqu'il est seul contre tous, et que les armes qu'il leur donne pour sa défense peuvent être tournées contre lui.

Ici le lien universel de toute société, la religion, vient encore serrer les nœuds de la société politique, et le mot même de religion, de religare, annonce assez qu'elle est le lien naturel et nécessaire des sociétés bumaines, des familles et des États. La religion, de domestique qu'elle était, devient publique, ou révélée; comme la société, de domestique, est devenue État public ou gouvernement; et si nulle pari, dans les premiers temps, on ne vit de famille sans une religion domestique, on n'a pas encore vu d'État public de société, sans une religion publique ou révélée; car la religion musulmane est une religion révélée ou enseignée par M;ihomet, comme la religion chrétienne est révélée par Jésus-Christ *.

' Celle expression, religion révélée, ne s'entend, chez les chrétiens, que II. 22

49i Dr DIVORCE.

Les personnes de la religion domestique ou naturelle^ étaient intérieures ou domestiques; le ministre, les sujets, le pouvoir lui-même. C'est ce qui est attesté par TErriture, unique monument des premiers âges du monde, où nous voyons les chefs des familles sacrificateurs, pontifes; en un mot, ministres d'un Dieu qui protégeait leur famille, et qui avait voulu s'appeler lui-même le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob.

Dans la religion publique ou révélée, les personnes deviennent publiques. Les sujets sont la nation, les ministres sont le coros du sacerdoce, moyen entre les deux extrêmes, en communication avec Dieu et avec l'homme, recevant pour transmettre, et obéissant à l'un pour prescrire aux autres. La Divinité elle-même se rend extérieure en quelque sorte et présente; d'une manière sensible, dans le tabernacle judaïque d'où elle rendait ses oracles; d'une manière réelle, sur les autels de la religion chrétienne; et même les païens la représentent d'une manière matérielle ou figurée dans les idoles de leurs dieux. La grande action du culte religieux, le don de l'homme ou le sacrifice, intérieur dans la religion domestique, est public aussi dans la société publique, et même sanglant dans la religion païenne.

Les lois sont devenues publiques, comme les personnes dont elles énoncent les rapports. La loi d'honorer le père et la mère, fondamentale de la société domestique, devient fondamentale de la société publique; et c'est le sentiment de 31. Bossuet, que l'obligation d'obéir au pouvoir politique et à ses agents, se trouve dans ce précepte.

La religion seule peut donc empêcher le déplacement des personnes publiques, comme elle empêche le déplacement des personnes domestiques. C'est une vérité que les sages de l'an-

d'une révélation divine, ou de la manifestation de la vérité; mais dans l'acception propre sous laquelle je l'emploie ici, révéler veut dire enseigner, découvrir, revelare, et l'on sent assez que c'est sous ce seul rapport que je rapproche Mahomet de Jésus-Christ, ou l'erreur de la vérité.

Page 1