‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 142 sur 202 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

veloppée dans tous les rapports qu'elle présente, pourrait apprendre à quelques philosophes (jue le procès de la philosophie moderne contre la religion, qu'ils croient jugé sans appel, et perdu pour les chrétiens sans retour, est à peine commencé, et qu'il n'a, pour ainsi dire, été question encore contre les parties, que de la compétence, parce que les uns voulaient porter l'affaire au tribunal de îa raison, et que les autres en appelaient au tribunal de la foi. Il reste encore de bien hautes considérations à faire valoir en faveur de la religion; a car, dit très-bien » Charles Bonnet, toutes les vérités morales sont enveloppées» » les unes dans les autres, et la méditation parvient, tôt ou » tard, à les en extraire. »

Mais le moment n'est peut-être pas encore venu d'exposer, dans toute leur majesté, ces grandes vérités : on ne peut tout au plus que les indiquer aux esprits attentifs. Il est deux époques, dans l'âge d'une nation, où il faut craindre de fatiguer sa faiblesse par des instructions trop sérieuses et trop prolongées . l'une, lorsqu'on berce son enfance avec des contes de féeb; lautre, lorsqu'on endort sa caducité avec des écrits licencieux et des systèmes absurdes, qui retardent les progrès de la raison de l'homme, de tout ce dont elles hâtent le développement de ses passions.

2" L'autre conclusion que l'on doit tirer des principes qui' nous avons exposés, est que la famille étant l'élément de l'Étal, et l'État le développement de la famille, et ces deux sociétés étant semblables dans leur constitution, tout changement sera réciproque entre elles; et tout déplacement de personnes dans l'une, entraînera un déplacement de personnes dans l'autre.

Ainsi la polygamie, qui est le despotisme domestique, fortitle et entretient, partout où elle est pratiquée, le despotisme politique, comme en Turquie, à la Chine, en Perse, etc. En Pologne, lorsqu'à l'extinction de la race des Jagellons, le pouvoir politique, envahi par une aristocratie puissante, déchut de sa constitution primitive, et reçut cette forme turbulente qui a prolongé sa faiblesse et causé sa ruine, le mariage cessa d'être

respecté autant qu'il l'est dans les autres Etats catholiques, et c'est uniquement ce qui a fait croire à quelques-uns, et dire à quelques autres, que le divorce était permis en Pologne.

Après avoir exposé les principes constitutifs de la société domestique et de la société publique, nous avons acquis assez de données pour traiter la question du mariage, qui, chez des peuples civilisés, est un acte à la fois domestique et public.

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