CHAPITRE III
liquité ont connue quand ils ont voulu former des sociétés, et nos sages modernes, lorsqu'ils ont voulu les détruire, puisque les uns ont commencé par régler le culte de la Divinité, et les autres par l'abolir.
Et remarquez que la conséquence se trouve ici à côté du principe, et qu'à la suite de la loi qui ordonne à Ihomme d'honorer le pouvoir et ses ministres, le législateur ajoute : Afin que iu vives longtemps sur la (erre, parce que la constitution naturelle du pouvoir domestique et du pouvoir public assure la durée des familles et la perpétuité des empires. Montesquieu attribue à la religion chrétienne la tranquillité des États modernes; et l'histoire, plus instructive dans ses leçons que le philosophe dans sa science, nous montre les sociétés non chrétiennes décliner à mesure qu'elles s'éloignent de leur origine, et tendre à leur décadence, même lorsqu'elles reculent leurs frontières; et la société chrétienne en général, devenir, d'âge en âge, plus éclairée et plus forte, et même puiser dans les révolutions de nouvelles lumières et de nouvelles forces.
Ainsi la raison du pouvoir politique est dans le pouvoir divin, et ne peut se trouver ailleurs. L'homme ne peut naturellement rien sur l'homme, l'homme ne doit rien à l'homme; tout pouvoir constitué sur des lois naturelles ou divines, vient de Dieu, ojnnis potestas ex Deo, et ce passage n'a jamais été entendu autrement.
Ainsi, le pouvoir politique est le mojen ou le ministre du pouvoir divin, pour la conservation du genre humain, inséparablement liée à l'existence de la société; minister JJei in bonum, dit saint Paul : moyen aussi entre deux extrêmes. Dieu 2t l'homme; trouvant dans la loi de Dieu le fondement des lois secondaires qu'il publie pour régler les hommes, et obéissant 1 l'un pour commander aux autres. Car dès qu'on ne nie pas 'existence de la Divinité, il faut renoncer à raisonner, ou dmettre cette série de conséquences.
Ainsi, dès que le pouvoir légitime vient de Dieu, l'autorité
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ost justifiée et l'obéissance ennoblie, et rhomme doit également craindre de commander et s'honorer d'obéir.
On voit la raison pour laquelle, chez les premiers peuples, le sacerdoce était uni à la royauté; pourquoi, chez les Romains, un membre du collège des prêtres, chargé d'offrir le sacrifice national, portait le nom de roi; et pourquoi enfin, chez les nations modernes, les princes chrétiens reçoivent, comme les rois hébreux, une consécration particulière, et ont même été appelés les é\:êques du dehors.
Le langage, expression de l'homme social, a commencé avec rhomme et s'est perfectionné avec la société. La différence des sexes est exprimée dans les substantifs; la distinction des personnes, dans les verbes; l'espèce de société domestique ou publique, dans le nombre singulier ou pluriel, /e, tu, axxnous, réservés, l'un au langage de la famille, l'autre à celui du pouvoir public; et la constitution même de la société formée d'un pouvoir, dun sujet, d'un ministre, lien de l'un et de l'autre, se trouve à découvert dans la construction de la phrase formée d'un régissant, d'un régime, et d'un mot-lien, verbe ou copule, qui les unit l'un à l'autre; rapports d'autant plus remarquables, que l'ordre de ces trois parties de tout discours humain, appelé svntaxe, est naturel ou analogue dans les sociétés naturellement constituées, et inverti ou transpositif dans les sociétés qui ne le sont pas. Je m'arrête : cette théorie du discours, considérée comme expression de l'homme social, me conduirait trop loin; j'en réserve pour d'autres temps les développements qui tiennent aux vérités sociales et même littéraires les plus importantes.
Les principes que nous venons d'exposer conduisent à deux conséquences pratiques dont l'utilité n'échappera pas au lecteur.
1*' L'une que, dans son état social, l'être intelligent n'agit que médiatement et par des moyens, ministres, milieux, médiateurs, intermédiaires; car toutes ces expressions sont synonymes. Cette proposition ', sérieusement méditée et dé-
• Elle a été développée dans la Législation primitive.