‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 144 sur 202 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Hque : toutes les formes de mariage se réduisent donc à unité d'union ou pluralité d'unions.

Ainsi, comme h promiscuité asi l'union des êtres animés les plus imparfaits, des brutes, il semble que l'union indissoluble, qui est laulrc extrême, doit être l'union des êtres animés les plus parfaits, des hommes; et que les étals intermédiaires entre ces deux états seront plus ou moins parfaits, selon qu'ils se rapprocheront de l'un ou de l'autre : vérité universellement convenue, puisque les adversaires de l'indissolubilité ne lui reprochent que sa perfection.

Si le mariage humain est une union avec engagement de former société, il diffère essentiellement du concubinage, qui est une union sans engagement de former société, et plus encore du libertinage vague, qui est une union avec dessein de ne point former de société.

La fin du mariage n'est donc pas le bonheur des époux, si par bonheur on entend, comme dans une idvlle, le plaisir du cœuT et des sens, que l'homme amoureux de rindépendance trouve bien plutôt dans des unions sans engagement.

La religion et l'État n'envisagent, dans le mariage, que les devoirs qu'il impose; et ils ne le regardent que comme l'acte de fondation d'une société, puisque celle société à venir est, dans le sacrement, l'objet des bénédictions de la religion, et dans le contrat civil, l'objet des clauses que ratifie et garantit rÉlat.

Tout engagement entre des êlres intelligents et sensibles qui ont la faculté de vouloir et d'agir, suppose liberté dans la volonté, puissance dans l'action. Ainsi, là où il y a contrainte reconnue ou impuissance prouvée, il n'y a pas de mariage, parce qu'il n'y a pas d'engagement, et qu'il ne peut en naître de société. Ce sont deux empêchements qu'on appelle dirimants, et auxquels tous les autres se rapportent.

Dès que l'engagement est valable, il ne peut y avoir de raison de le dissoudre, même pour cause de non survenance d'enfants.

Les motifs de l'indissolubilité sont pris de la société dômes-

tique el de la société publique, parce que le mariage est à la fois domestique dans son principe, et public dans ses effets.

l** Le mariage est une société éventuelle, et la famille une société actuelle. La nature n'a pas fixé le terme de cette éventualité; et lors même que le mariage n'atteint pas son but social, et que les enfants ne surviennent pas, il n'y a pas de raison suffisante de rompre le premier engagement pour en former un autre, puisque la fécondité du second mariage est tout aussi éventuelle que celle du premier. Dès que l'enfant est survenu, le but est rempli, et la société, d'éventuelle, est devenue actuelle.

Ainsi, tant que le mari et la femme n'ont point d'enfants, il peut en survenir; et le mariage n'étant formé que pour les enfants à venir, il n'y a pas de raison de rompre le mariage. Lorsque les enfants sont survenus, le mariage a atteint sa fin, et il \ a raison de ne pas le rompre; car il est à remarquer que l'impuissance ne se prouve pas contre la femme, même dans le cas d'infécondité.

En un mot, la raison du mariage est la production des enfant?. Or, en rompant un premier mariage pour en contracter un second, la production devient impossible dans le premier, sans devenir plus assurée dans l'autre. Donc il n'y a pas de raison de rompre le mariage; el, après tout, quelque disposition qu'aient nos philosophes modernes à assimiler l'bomme aux brutes, et quelque importance qu'attachent à la population ces grands dépopulateurs de l'univers, ils n'oseraient sans doute soutenir que, dans les mariages humains, on doive, comme dans les haras, procéder par essais.

2° Les raisons contre le divorce, tirées de la société publique, sont encore plus fortes que celles qui sont prises de la société domestique.

Le pouvoir politique ne peut garantir la stabilité des personnes domestiques sans les connaître; de là la nécessité de l'acte civil, qui fait connaître l'engagement de Ihomme et de la femme, et de l'acte de naissance, qui fait connaître le père, la mère et l'enfant.

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