‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 15 sur 202 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» anciens maîtres du monde, ce serait le réveil du lion '. » On relève les accroissements qu'ont pris la population et le commerce dans les sociétés qui ont aboli l'état monastique, c'est-à-dire, dans les sociétés qui ont embrassé la religion réformée. Mais l'* l'accroissement de la population n'est pas toujours un bien; 2" l'accroissement immodéré du commerce est toujours un grand mal : mal moral, car l'amour de la propriété éteint dans la société tout amour de Dieu et de l'homme; mal physique, car il ôte à la société toute force intérieure de résistance ou de conservalion. Les souverains, qui placent la suprême félicité de leurs peuples et la gloire de leur règne dans l'extension du commerce, ne font pas attention qu'il n'y a peutêtre pas aujourd'hui en Europe une seule ville dont les habitants, pour conserver la tîdélité qu'ils doivent à leur légitime souverain, fussent disposés à soutenir les périls et les incom-

' Les souverains qui veulent accroître les moyens de prospérité et de force défensive de leurs États, établissent des fabriques dans le genre Anglais, et donnent à leurs troupes la discipline Allemande. Il faut cela peut-être, mais ce n'est pas assez; il faut remonter au principe, et développer la constitution qui vivifie à son tour toutes les parties de l'administration. Des sociétés monarchiques, dans lesquelles le peuple engourdi dans l'oisiveté laisse les terres en friche pour demander l'aumône dans les villes, et où la noblesse endormie dans le luxe et le goût des arts se dérobe par orgueil ou par mollesse aux professions sociales, n'ont ni moyens réels de prospérité, ni véritable force conservatrice. Mais un pouvoir sans force n'est pas un pouvoir : aussi ces sociétés ne peuvent conserver l'homme intelligent qu'elles laissent avalir dans la corruption et la fourberie, ni même l'homme physique qu'elles laissent détruire par la mutilation ou l'assassinat, crimes si fréquents dans quelques États d'Italie; et parce qu'un pouvoir sans force ne peut réprimer les actes, une religion toute extérieure ne peut réprimer les volontés. Il n'y a de mœurs publiques, que là où il y a des hommes publics; il n'y a des hommes publics, que là où il y a une profession sociale ou publique. La révolution Française prouvera cette grande vérité, que l^s prêtres sont la /"orce conservatrice de la société religieuse, et les nobles, de la société politique; et c'est en sacrifiant leurs vies et leurs propriétés pour demeurer fidèles au pouvoir de l'une et de l'autre société, qu'ils les rétabliront en France. C'est la véritable raison pour laquelle les prêtres et les nobles sont les premières victimes dans les révolutions religieuses et politiques. Les factieux, qui veulent établir leur pouvoir particulier à la place du pouvoir général, cherchent à anéantir sa force ou son action, parce qu'un pouvoir sans force n'est plus un pouvoir.

modités d'un siège, et que ces exemples de courage et de dévouenfent étaient extrêmement communs dans les siècles précédents.

C'est surtout dans les troubles intérieurs qu'on peut juger la force de conservation des diverses sociétés. On verra la France se retirer de l'abîme le plus profond dans lequel une société puisse être tombée, par la seule force de son principe intérieur ou religieux. D'autres sociétés placées dans les mêmes circonstances n'auraient pas les mêmes ressources, et c'est une comparaison que l'Europe pourra faire avant cent ans.

Il ne faut donc pas détruire les Ordres religieux, comme ont fait quelques souverains, pour établir à leur place des fabriques d'objets superflus, qui font renchérir les bras pour l'agriculture, sans rendre moins chères les productions mêmes de ces fabriques; des fabriques qui altèrent le moral de l'homme, en réunissant les individus de tous les âges et de tous les sexes, en allumant dans son cœur le goût du luxe et des besoins factices qui altèrent son physique, en l'occupant à des travaux sédentaires pour lesquels la nature ne l'a pas fait. Mais il faut rendre les Ordres religieux utiles à la société, en les maintenant dans la destination pour laquelle ils ont été fondés, ou en leur en donnant de nouvelles que les développements de la société peuvent demander; il faut surtout maintenir dans leur sein la subordination, et ne pas permettre que tout religieux mécontent trouve auprès des tribunaux séculiers un recours assuré contre son supérieur : cet abus était commun en France, et tenait, plus qu'on ne pense, aux principes de liberté et d'égalité, qui s'avançaient peu à peu dans la société. Cet abus est destructif de tout ordre, de toute règle; il dissout les corps pour protéger les membres; et encore le recours aux tribunaux séculiers ne sert jamais qu'aux mauvais sujets, car un bon religieux doit souffrir et se taire. Les supérieurs immédiats et naturels des corps religieux doivent être les évêques, et je crois que l'exemption de la juridiction de l'Ordinaire est contraire à

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