‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 14 sur 202 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ils doivent sentir l'importance de laisser au milieu de la société l'exemple d'hommes qui renoncent à leur famille et à leur propriété pour se consacrer entièrement au service de Dieu et à celui des hommes.

2" La religion chrétienne ne fait à personne en particulier un devoir de l'état monastique; mais elle fait un devoir à la société politique constituée de conserver des modèles de l'état le plus parfait qui puisse exister pour l'homme intelligent, c'est-à-dire de l'état où l'homme ne s'occupe, extérieurement du moins, que de Dieu et des hommes, et point du tout de soi.

Motifs politiques; 1° l'administration peut employer aux usages religieux et politiques les plus utiles, des corps dont les membres, dégagés de tout autre soin, ont consacré toutes leurs facultés physiques et morales au service de la société, par les motifs les plus puissants qui puissent agir sur l'homme; des corps qui, par leur opulence même, offrent à l'administration, dans les usages auxquels ils peuvent être employés, de grands moyens d'économie.

2** Les Ordres monastiques, en prévenant l'excès de la population, et par conséquent, l'extrême division des propriétés, conservent à l'état des propriétés utiles, telles que les forêts; et ils emploient l'excédant de leurs richesses à faire à la propriété générale des améliorations, quel'individu le plus opulent n'a ni les moyens ni la volonté d'entreprendre, et qui demandent un esprit de suite et de perpétuité qui ne peut se trouver que dans les corps.

toujours la faute de l'administration ; mais un peuple athée deviendra un peuple abominable, et il faudra qu'une révolution le détruise pour le recommencer. On entend des zélateurs peu éclairés de l'ordre public et des mœurs, justifier la suppression indiscrète de plusieurs usages religieux, ou la permission donnée au peuple de travailler le dimanche, en disant qu'il vaut mieux que le peuple travaille le dimanche, que de s'enivrer au cabaret ; cela est faux. Que le peuple jure, qu'il se balte, qu'il s'enivre, mais qu'il ait de la religion; car on peut avoir de la religion avec des passions.

3° Leurs richesses peuvent et doivent être la dernière res source de l'État dans ses extrêmes besoins : c'est un trésor con6é à la garde de la religion, et que le gouvernement peutêtre eut dissipé; et jamais une société catholique ne sera en danger d'être détruite, ou envahie, que la religion ne s'empresse d'employer à sa défense les trésors dont elle est dépositaire : je dis à sa défense, car la religion ne doit pas servir les projets de l'ambition.

On attribue la dépopulation de l'Espagne, sa faiblesse apparente et celle de quelques États d'Italie au nombre excessif des couvents; mais on ne fait pas attention que, lorsque l'Espagne donnait le ton à toute l'Europe, et qu'elle produisait les prodigieux conquérants du nouveau monde, et les grands capitaines de ses guerres d'Italie, elle avait autant de couvents qu'aujourd'hui, et bien plus de religieux.

Depuis cette époque sa population s'est extravasée en Amérique; mais la faiblesse d'une société constituée vient rarement de sa dépopulation, et s'il faut à un État une grande population pour attaquer, il en faut à une société constituée une bien moindre pour se défendre. La faiblesse intérieure de l'Espagne, et celle de quelques États d'Italie viennent des imperfections de leur constitution et des faux principes de leurs administrations; quand l'Espagne et l'Italie voudront développer leur constitution et perfectionner leurs administrations, elles n'auront rien à désirer, rien à craindre des autres puissances. Le système de l'allongement ou du raccourcissement des fibres, par lequel 3Iontesquieu veut prouver que l'homme du Nord est exclusivement propre à la guerre, ne doit pas décourager les souverains du Midi. Deux des plus grands hommes de guerre des temps modernes, qui ont le plus observé et manié l'homme, et dont par conséquent l'autorité est d'un autre poids que les opinions d'un bel esprit, Henri duc de Rohan et le maréchal de Saxe pensaient que l'Italie était encore la pépinière des meilleurs soldats : « Le courage y sommeille, dit le Plutarque » Français, et si l'on changeait la constitution politiq^ie de ces

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