CHAPITRE V
lis de la nature des elres, et à toutes les perceptions de la
uson. Ainsi la Pologne, à l'extinction de la race des Jagel-
>ns, retombée dans l'état imparfait de société politique, et
ientôt après de société religieuse et même domestique, après
ois siècles de langueur et de convulsions, a été, du moins
mr un temps, effacée du rang des nations. La France, tombée
ms la démocratie royale de 1789, est descendue jusqu'à la
magogie vile et sanglante de 1793; et qui oserait arrêter sa
msée sur les suites probables de ce délire révolutionnaire, si
principe de vie que quatorze siècles de constitution avaient
►nné à cette société, ne l'eût retirée de l'abîme de la honte,
la corruption et du malheur.
Ainsi une nation décline et périt, lorsqu'elle déchoit de l'état rfait; et une nation ne fait que végéter et languir, tant 'elle ne peut parvenir à l'état parfait de législation; témoins peuples orientaux. Turcs, Chinois, Persans, Indiens, les is faibles de tous les peuples; car pour le vrai Tartare, il est plus fort de tous ceux qui ne sont pas chrétiens : parce que constitution politique est naturelle, sa religion plutôt im-
faite que corrompue, et que, chez lui, la politesse n'a pas îcédé la civilisation; peuple toujours jeune, tant qu'il n'est établi, et qu'il habite sous les lentes, où commencent et renmencent toutes les nations, et même celles qui ont 6ni dans boudoirs et sur les théâtres.
Il n'y a donc de repos pour un peuple que dans l'état par-
de société; là seulement est sa véritable force, parce que la
:e est dans la stabilité, et que la stabilité ne peut se trouver
dans l'état fini; et quoiqu'aucune société ne soit dans cet
accompli, non plus qu'aucun homme, on peut remarquer
s le monde social, plus de lumières, de vertus, de force et
fixité chez les chrétiens que chez les autres peuples, et
m ne en Europe, plus de désintéressement, de grandeur et de
Îiété, plus de progrès dans les arts de la pensée, de vériî force enfin, et de fixité chez certains peuples que chez ques autres.
Le passage de l'état imparfait à letat parfait se fait sans effort, parce qu'il est naturel. Le christianisme, objet de persécution dans l'empire romain, n'y fut point sujet de trouble. La conversion des Francs ne produisit pas de guerre civile. Celle de plusieurs milliers de Chinois n'en a point suscité à la Chine; mais le retour d'un état meilleur à un état moins bon ne se fait pas sans trouble et sans déchirement, parce qu'il est contre la loi delà nature.
Là, et là seulement est la véritable raison de la décadence des nations ou de leur élévation. La vicissitude des choses humaines, sur laquelle on débite des lieux communs depuis tant de siècles, est une idée vraie, sans doute, si on l'entend de la tendance naturelle et nécessaire qu'ont tous les êtres créés à parvenir à cet ordre naturel après lequel ils soupirent, et dans qui seul ils peuvent trouver le repos; omnis creatura ingemiscit: mais idée fausse et môme impie, si on l'entend d'une nécessité de changement aveugle et inévitable, ferrea 7iecessitaSf qu'on offre quelquefois comme une consolation aux malheureux qu'on a faits : comme si quelque événement pouvail, sous la loi de la raison suprême, n'être subordonné à aucune loi, et n'avoir aucune raison; et que l'instabilité pût être nécessaire dans la créature, lorsque la volonté du créateur est immuable.
Les Assyriens, les 3Ièdes, les Romains, les Grecs, ont péri,i parce qu'ils ont passé de l'état imparfait des peuples naissants,* à l'état corrompu des peuples dégénérés. Les peuples du Nord subsistent encore en Europe, plus forts qu'à leur établissement, parce qu'ils ont passé de l'état imparfait de société à l'état parfait; et la plus extrême faiblesse n'a succédé chez les Turcs à cet accès de délire qui les rendit un moment Teffroi de la chrétienté, que parce qu'ils n'ont pas pu sortir de l'état imparfait de la polygamie, du despotisme et du déisme.
Ces grandes leçons de l'histoire doivent être mieux comprises aujourd'hui : la France les a en quelque sorte résumées, dans la dernière expérience qu'elle a faite sur elle-même; et