‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 149 sur 202 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

u iiou de suivre ces définitions obscures et équivoques de lois

alnrelles et positives, de droit naturel et positif, on distin-

u rait les lois en lois domestiques et en lois publiques; en lois

li-ieuses et en lois politiques, en lois bonnes ou naturelles,

r.i lois mauvaises et contre nature; et l'on dirait avec Cicé-

(( Ce n'est que dans la nature que se trouve la règle qui

sert à distinguer une loi bonne de celle qui ne l'est pas, )>

jem bonam à mal<f, nullâ aliâ ?iisi naturali normâ, Jivïdere

ssumiis.

Les lois naturelles iont celles du commencement, puisque les pports entre les êtres dont elles sont l'énonce sont aussi an- 3ns que les êtres eux-mêmes; elles sont encore les lois de la , puisque les êtres ne peuvent parvenir à leur fin qu'en s'y nformant; elles sont Vcdpha et Vomega des êtres; et c'est dans sens que Jésus-Christ appelle la loi de l'indissolubilité congale, (( la loi du commencement : » Ab inilio non fait sic. Une société ne peut pas plus rester dans l'état imparfait que omrae rester enfant. L'un et l'autre avancent toujours vers consommation, et le seul état stationnaire est l'état fini, part ou naturel.

La raison conçoit qu'un peuple passe de l'état imparfait à lat parfait; c'est la loi de la nature et la marche des êtres. La de la répudiation, permise aux Juifs, a fait place à l'indisubilité chrétienne, et leur sacrifice au sacrifice des chrétiens, nsi, en France, le pouvoir arbitraire sous Clovis est devenu solu sous Philippe-Auguste. Cette théorie de l'état imparfait légal, qui précède l'état parfait, et qui, faible et inutile pour [în de la société, est rejeté et changé en un meilleur état, est a iiirablement exposée dans les Èpîtres de saint Paul aux Roins et aux Hébreux. Nihil enim, dit-il, adperfcctum adducit ... reprobatio quidem fit prœcedetitis mandati, propter infiratem ejus et inuiilitatem.

M l'état imparfait n'aboutit pas à l'état parfait, il se change

l'état mauvais. Les Grecs et môme les Romains passèrent du

1 polisme de leurs premiers rois au gouvernement populaire,

olO DU DIVORCE.

et de la répudiation au divorce; comme leurs ancêtres avaient passé de la religion naturelle à l'idolâtrie. Mais une société qui ne saurait, sans périr, demeurer dans l'état imparfait, peut encore moins stationner dans l'état mauvais opposé à sa fin naturelle, objet de la tendance constante de tous les êtres. « Car, dit très-bien J. J. Rousseau, si le législateur, se trom- » pant dans son objet, établit un principe différent de celui qui )» naît de la nature des choses, l'État [société) ne cessera d'être » agité jusqu'à ce qu'il soit détruit ou changé, et quel'invin- » cible nature ait repris son empire. »

Ainsi les Juifs ne pouvaient rester sous l'état imparfait de leur religion, sans tomber à tout moment dans les derniers excès de l'idolâtrie. Sur la fin de leur existence en corps de nation, la secte des pharisiens avait altéré le culte avec ses tra ditions, et celle des sadducéens, ruiné le dogme avec ses opi nions; et ce qu'il y a de véritablement merveilleux chez ce peuple, est de le voir aujourd'hui avec une religion sans mi nistres, et un culte sans sacrifice; lui dont le culte n'était que •■acrifices, et dont les ministres faisaient une partie si considérable de la nation, demeurer stationnaire dans cet état plus qu'imparfait, et rejetant le christianisme, se préserver également de l'athéisme et de l'idolâtrie; état extraordinaire, surnaturel même aux yeux d'une raison éclairée, puisqu'il est opposé à la nature ou aux lois des êtres en société.

Le passage de l'état imparfait de société à l'état parfait, es! praticable, puisqu'il a été pratiqué; et il est naturel à l'homme, puisque les peuples du Nord, de qui descendent les peuple» modernes, ont tous passé de l'état imparfait et grossier à leur religion naturelle, et de leur société polygame ou despotique, au christianisme, à la monogamie et à la monarchie.

Mais lorsqu'une nation est parvenue à l'état parfait, et qu'eu a goûté le don céleste des lois naturelles^ elle ne peut en déchoii sans tomber dans le dernier degré de misère et d'avilissement parce que cette marche rétrograde est contraire à toutes lei

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