‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 162 sur 202 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lassions; révolution qui alluma à son ori^i^inc des guerres si anglantes, qui a enfanté des erreurs si monstrueuses et des rimes si inouïs; qui, combinée avec lesprogrès du commerce t (les arts, c'est-à-dire avec la soif d'acquérir et la fureur de ouir, a soulevé dans le cœur de l'homme les mêmes tempêtes [u'elle a excitées dans la société, et y a produit le dégoût de ivre pour la vertu dans ceux qui ne peuvent plus vivre pour es jouissances : car le suicide, devenu si commun parmi nous, t qui bientôt ne laiss»*: a plus à la justice humaine de criminel 1 punir, ni i\ la bonté divine de coupable à pardonner, le uicide no date en Europe que îles temp-- dont je parle; et ce ont les mêmes doctrines qui ont donné à l'homme le pouvoir le se détruire lui-même, et qui ont enseigné, par l'organe du ihilosophe de Genève, que « le peuple a toujours le droit de changer ses lois, même les meilleures; car s'il veut se faire mal à lui-même, qui est ce qui a le droit de l'en empêcher? » Mais le plus puissant véhicule de la licence et du désordre, ut la faculté du divorce, que Luther crut trouver dans l'Évan- ;ile; car à celte époque de la société, on cherchait encore dans a religion la raison des lois politiques. Les seules lumières du )on sens auraient du lui apprendre que celui qui était venu iccoînplir la loi des Juifs, et dire aux hommes : « Soyez par- • faits comme votre Père céleste est parfait, » n'avait pas intendu les laisser sous la loi imparfaite des Juifs, et même ous une loi bien plus imparfaite que celle des Juifs; puisque, :omme nous lavons déjà observé, la répudiation est une loi lure, et le divorce mutuel une loi mauvaise; et que, dans le nême entretien ' où, opposant les cléments imparfaits d'une loi lonnée à des enfants, à la perfection de cette même loi déveoppée et accomplie pour des hommes faits, Jésus-Christ dit lux Juifs : (( Il vous a été dit : Yous ne tuerez pas, et moi je ) vous dis de ne pas proférer même une parole injurieuse ) contre votre frère. 11 vous a été dit : Vous ne commettrez

' Saint Matth chap. v.

» poinl d'adultère, et moi je vous dis de ne pas même regarder » une femme avec de mauvais désirs. Il vous a été dit de ne )) pas haïr vos ennemis, et moi je vous dis d'aimer vos » ennemis, et de faire du bien à ceux qui vous haïssent : » que dans ce même entrelien, dis-je, il est souverainement absurde de supposer que ce maître de toute perfection ait voulu dire aux Juifs : « 31oïse a permis aux maris de répudier y> leurs femmes, et moi je permets aux femmes de répudier )) leurs maris. » Il aurait dû apprendre de cet Évangile qui le dément autant de fois qu'il l'invoque, que Jésus-Christ, interrogé par les Juifs sur le sens de la loi de Moïse, relative à la dissolution du lien conjugal, ne pouvait leur parler que de l'espèce de dissolution tolérée par Moïse, c'est-à-dire, de la répudiation exercée par le mari seul; et effectivement le divin législateur n'emploie que les expressions dimittere nxorem, uxorem dimissam, pour exprimer la dissolution du lien conjugal, et la femme séparée de son époux; que saint Paul, qui ne parle qu'à des chrétiens, et qui, sans doute entendait le sens de l'Évangile, dit : « Si une femme épouse un autre homme » pendant la vie de son mari, elle sera tenue pour adultère; )) mais si le mari vient à mourir, elle est affranchie de cette » loi, et elle peut en épouser un autre sans adultère; » et qu'enhn, si ce passage de l'Évangile s'adresse aux chrétiens, il ne signifie que la séparation à mensâ et à thoro, pour cause d'adultère : séparation que l'honneur commande comme la raison le permet. Au reste, je ne discuterai point ce dernier passage de l'Évangile, puisque ceux que je combats ne nous l'opposent point; et que d'ailleurs ils ont été bien au-delà des bornes que, selon Luther et Calvin, le législateur des chrétiens a assignées à la faculté de dissoudre le lien matrimonial.

Quoi qu'il en soit, le divorce mutuel n'était pratiqué que depuis quelques années; nous voyons Storck, Muncer, Carlostadt, des premiers et des plus zélés disciples de Luther, lui reprocher d'avoir introduit une dissolution semblable à celle du mahométisme : et en effet, le divorce se changeait même dès

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