‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 17 sur 202 · EFFETS DE L'AUTORITÉ DES PAPES · texte numérisé non relu

EFFETS DE L'AUTORITÉ DES PAPES

La société civile était arrivée à la fin du xv' siècle. Jusqu'alors, l'Europe pouvait être considérée comme une seule famille, troublée quelquefois, il est vrai, par les passions de ses membres, parce qu'il ne peut pas plus exister d'hommes sans passions, que de sociétés sans hommes, mais réunie par un intérêt commun, je veux dire, par la même religion publique et les mêmes sentiments de respect et de déférence pour un chef commun, que sa dignité séculière rendait l'égal des rois, que son caractère spirituel et ses fonctions religieuses rendaient supérieur à tous les chrétiens.

• Les administrations catholiques sont bien éloignées de soupçonner le parti, même politique, qu'elles peuvent tirer des Ordres religieux.

Plus d'une fois, le père commun des fidèles avait interposé sa médiation, son autorité même, dans les sanglantes querelles de ses enfants. Plus d'une fois, la religion avait fait parler l'humanité épiorée; et quelquefois aussi la politique aux abois s'était couverte du manteau de la religion. « Les conciles, d'une » certaine époque, dit l'auteur des Mémoires pour servir à l'his- » toirc des égarements de Vesprit humain, sont pleins d'exhorta- » tions et de menaces faites aux souverains qui troublaient la » paix, qui abusaient de leur pouvoir et de leur autorité contre » l'Église, contre les fidèles, contre le bien public; on y rap- )j pelait les souverains et les hommes purssants au moment » de la mort. Les papes rappelaient les souverains à la paix, et » tachaient de tourner contre les usurpateurs, les injustes, )) contre les oppresseurs des peuples, contre les infidèles, celte » passion générale pour les armes et pour la guerre. Leibnitz, » qui avait étudié l'histoire en philosophie et en politique, re- » connaît que celte puissance des papes a souvent épargné de » grands maux. » Si celle question se décidait par l'autorité des noms, on pourrait opposer le nom de Leibnitz à celui d'une foule d'écrivains inconsidérés ou prévenus, qui ont déclamé à tort et à travers contre la puissance des papes, parce que les déclamations sont commodes, et qu'elles dispensent l'écrivain de prouver, comme le lecteur de réfléchir.

Ce n'était pas seulement des passions guerrières de leurs chefs que la religion cherchait à préserver les peuples; elle cherchait encore à les défendre des passions voluptueuses de leurs rois. On voit fréquemment, dans l'histoire des temps anciens, des rois repris, pour avoir contracté des mariages illégitimes, pour ne pas renoncer à un commerce scandaleux, pour donner enfin à leurs peuples des exemples aussi funestes à la société politique que contraires h la société religieuse. La société était alors un enfant, que la religion, sa mère, corrigeait avec la verge; devenu plus grand et plus raisonnable, l'autorité est la même; mais les movens sont différents. Au reste, quels que soient ceux que l'Église emploie, et qui doivent

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