LIVRE VI
de Venise, de Gènes, de Hollande, de quelques cantons Suisses. Il y a une représentation de pouvoir général dans le Doge, l'Avoyor et le Slalhouder; mais Taulorité est entre les mains d'un certain nombre de familles, qui ont encore le dépôt et l'interprétation des lois, et qui forment distinction héréditaire.
A ce gouvernement répond le luthéranisme pur. Il a conservé une représentation de pouvoir général, puisqu'il admet momentanément la présence réelle de Jésus-Christ, pouvoir conservateur de la société religieuse; l'autorité ecclésiastique est entre les mains de superintendants, et dans quelques endroits entre les mains d'évéques qui sont distinction permanente, mais qui ne reconnaissent point de chef.
3° Le gouvernement démocratique, tel que celui de Genève, de quelques cantons Suisses. Le pouvoir général n'y existe pas même en représentation. Dans les vrais principes de ce gouvernement, \e pouvoir devrait être entre les mains de tous, ce qui veut dire que chacun devrait exercer son pouvoir particulier : mais comme la démocratie pure, selon Rousseau luimême, est impossible, et qu'un gouvernement ne sauniit aller avec tant de pouvoirs particuliers, on en a forcément restreint le nombre, et il n'y a qu'un certain nombre de citoyens qui, sous le nom de conseil, de sénat, etc. puissent exercer leur pouvoir et celui des autres. Il n'y a point dans ce gouvernement de dislinclions héréditaires; il n'y a que des fonctionnaires viagers.
A ce gouvernement répond le calvinisme, le puritanisme ou le presbytéranisme. Cette religion n'a aucun pouvoir général, pas même momentanément; car elle n'admet aucune présence réelle àupouvoir général conservateur de la société chrétieniie. Il n'y a pas d'autorité enseignante qui ait le dépôt de la doctrine, et chacun y a le droit de faire usage de son esprit, pour interpréter les Ecritures ou les lois de la société. Mais le calvinisme pur est aussi impraticable que la démocratie pure. Le irouvernement de la société religieuse ne pourrait aller avec
celle mullilude indéfinie d'interprétations particulières. On a forcément restreint le nombre des interprètes et des inspirés à un conseil ou consistoire, qui décide, ou plutôt qui conseille en fait de dogmes ou de discipline, et qui donne ses interprétations particulières pour la volonté générale. Il n'y a aucune succession spirituelle, aucun caractère. Les ministres ne sont que des fonctionnaires amovibles, sans aucune hiérarchie entre eux.
4° Le gouvernement mixte de monarchie, d'aristocratie et de démocratie comme il l'est en Angleterre, c'est-à-dire, mêlé de pouvoir général et de pouvoirs particuliers. Il y a un pouvoir général, mais négatif, qui peut empêcher, mais qui ne peut pas faire. Il n'est pas pouvoir général pour conserver, mais pour empécber qu'on ne détruise. Le pouvoir positif o\i le pouvoir de faire est le pouvoir particulier des Pairs et des Communes : ce pouvoir n'est pus pouvoir conservateur; car s'il éiail pouvoir conservateur, il ne faudrait pas de pouvoir qui eût le veto absolu sur ses résolutions. Il y a une noblesse héréditaire ou des distinctions sociales permanentes, qui ne sont pas force ou action du pouvoir, puisqu'elles sont elles-mêmes pouvoir. A ce gouvernement, unique dans les sociétés politiques, répond une religion unique dans les sociétés religieuses : je veux parler de la religion Anglicane ou épiscopale, qui est évidemment mixte de catholicisme, de luthéranisme, et de calvinisme. Le dogme de la présence réelle, ou \c pouvoir conservateur de la religion chrétienne, y est purement négatif. Écoutons Burnet, l'historien de la réforme d'Angleterre : « L'Église Andicane a » une telle modération sur ce point (de la présence réelle) que » n'y ayant aucune définition jwsitive de la manière dont le )) corps de Jésus-Christ est présent dans le sacrement, les )> personnes de différent sentiment peuvent pratiquer le même » culte sans être obligées de se déclarer, et sans qu'on puisse » présumer qu'elles conlredisenl leur foi. »
Si le pouvoir général conservateur de la société religieuse y est négatif et équivoque, la force générale de cette société ou