‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 32 sur 202 · LIVRE VI. OO · texte numérisé non relu

LIVRE VI. OO

la profession sacerdotale }' est négative et équivoque comme le pouvoir; c'est-à-dire, qu'elle n*a pas l'autorité en elle-même et qu'elle est dépendante de l'autorité civile. En effet, le roi, qui n'a pas la plénitude de l'autorité politique, a, au moins par les termes, la plénitude de l'autorité religieuse. Ainsi la profession sacerdotale a un chef dans la religion anglicane, qu'elle n'a pas dans la religion luthérienne. Mais cette suprématie du roi, dans les matières de religion, est un rapport non nécessaire, et contraire à la nature des êtres; puisqu'il met la force d'une société religieuse sous la direction du pouvoir d'une société politique. La faculté d'interpréter l'Écriture n'est pas non plus laissée tout à fait sans restriction aux simples fidèles, comme dans la religion Calviniste, en sorte que le pouvoir particulier est borné dans la société religieuse, tomme le pouvoir particulier est contrebalancé dans la société politique. Ainsi, sans entrer dans des discussions théologiques étrangères au sujet que je traite, ou plutôt au rapport sous lequel je le considère, il est évident que la religion Anglicane présente, sous un extérieur de culte catholique, les dogmes des Eglises Réformées : comme le gouvernement politique d'Angleterre présente, sous l'extérieur d'une constitution monarchique, les principes des sociétés républicaines.

L'exemple de la France régénérée vient à l'appui de mes principes. En même temps qu'elle établissait une constitution prétendue monarchique qu'on a fort bien appelée une démocratie royale^ elle fondait une religion bizarre qu'on pourrait ajppehîr un catholicisme presbytérien. Cette religion est devenue un pur calvinisme, lorsque le gouvernement est devenu purement démocratique; et entîn elle a dégénéré en athéisme public ou social, lorsque l'anarchie a été constituée dans le gouvernement révolutionnaire. Il ne faut pas oublier de remarquer que celte dernière religion s'est propagée, comme toutes les religions d'opinion, par les moyens ordinaires de Vintérêt, de la volupté et de la terreur, c'est-à-dire par tout ce qui peut entraîner l'espnY, le cœur et les sens de l'homme; et le

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pillage, le divorce et la guillotine ont été les pieux artifices dont les nouveaux apôtres se sont servis pour étendre leur doctrine.

On retrouve jusque chez les Turcs et les Tartares cette conformité secrète entre la religion et le gouvernement. Le muphli exerce dans la religion son pouvoir particulier, comme le sultan l'exerce dans le gouvernement, et le lama est absolu comme le kan.

3Jonicsquieu a senti cette conformité secrète des religions et des gouvernements : « La religion catholique convient » mieux, dit-il, à une monarchie; et la protestante s'accom- » mode mieux d'une république. » 3Iais suivant son usage il énonce, et n'approfondit pas. « Dans les pays, continue cet » auteur, où la religion protestante s'établit, les révolutions » se firent sur le plan de l'état politique. Luther, ayant pour » lui de grands princes, n'aurait pu leur faire goûter une au- » torilé ecclésiastique qui n'aurait point eu de prééminence )) extérieure; et Calvin, ayant pour lui des peuples qui vivaient )) dans des républiques, ou des bourgeois obscurcis dans des » monarchies, pouvait fort bien ne pas établir des préémi- » nences et des dignités. » On voit que Montesquieu fait de Luther et de Calvin deux fourbes qui accommodèrent aux goûts particuliers de leurs sectateurs la religion qu'ils se vantaient d'avoir ramenée à sa pureté primitive. Mais ce reproche manque de justesse; car si Calvin, ou du moins Luther savait plier la morale aux passions des grands et au besoin des circonstances, comme il le fit dans l'affaire du landgrave de Hesse, ils étaient l'un et l'autre trop entêtés et trop orgueilleux pour faire fléchir le dogme, c'est-à-dire leurs opinions, sous les volontés de qui que ce fût; et d'ailleurs lorsqu'ils commencèrent à débiter leur doctrine, ils ne pouvaient savoir encore de quelle classe seraient leurs prosélytes. Il faut chercher d'autres causes à cette différence dans les institutions de ces deux célèbres réformateurs.

V La conservalion de prééminences extérieures, c'est-à-dire

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