LIVRE VI. iil
d'une hiérarchie ecclésiastique dans le luthéranisme, l'abolilion de toute hiérarchie dans le calvinisme, résultent nécessairement des principes opposés, adoptés par Luther et Calvin, et non des goûts particuliers de leurs sectateurs. Dès que Luther conservait un pouvoir général extérieur dans la présence réelle, il devait nécessairement conserver une jo?xe publique extérieure dans la profession épiscopalc et sacerdotale; Calvin ne pouvait conserver aucune force publique, extérieure et visible, puisqu'il abolissait tout pouvoir général extérieur. Il ne fallait pas de prêtres dans une religion qui n'avait pas de Dieu, comme il ne faut pas de noblesse dans un État qui n'a pas de roi.
2° Le luthéranisme ou la Réforme en général n'a pas d'autorité ecclésiastique ou àe prééminences extérieures, c'est-à-dire qu'elle n'est épiscopale qu'en Suède, en Danemarck, en xingleterre, où elle se rapproche de la constitution monarchique; et c'est une nouvelle et forte preuve de la tendance qu'a la religion à se constituer comme le gouvernement. Dans les autres États qui ont embrassé la réforme de Luther, le luthéranisme ne connaît d'autre prééminence extérieure que celle des superintendants, qui, étant pasteurs d'une église particulière, sont des doyens et non des évêques, et sont distingués de leurs confrères par des fonctions plus générales, sans leur être supérieurs par une dignité plus éminente.
Tantôt la révolution politique se fit sur le plan de la révolulion religieuse, comme dans les Provinces-Unies et à Genève, où le calvinisme précéda la forme de république qu'elles ont aujourd'hui; tantôt la révolution religieuse se fit sur le plan de l'état politique, comme en Suisse où la réforme politique avait précédé la réforme religieuse : nouvelle preuve de l'attraction mutuelle qu'exercent l'un sur l'autre le calvinisme et la démocratie, une société politique sans pouvoir général ou sans monarque, et une société religieuse sans pouvoir général ou sans Dieu.
Les seules monarchies dans lesquelles le calvinisme à sa
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naissance eut des partisans déclarés, sont la France et la Navarre ( qu'on peut regarder, même alors, comme une seule monarchie) : et certainement il y avait d'autres sectateurs que des bourgeois obscurs; puisqu'il comptait au nombre de ses prosélytes un roi, des reines, des princes du sang, la plus haute noblesse, des magistrats, etc.