‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 44 sur 202 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

SUITE DU BIÊME SUJET

FORCE DE CONSERVATION DES SOCIÉTÉS RELIGIEUSES CONSTITUÉE ET NON CONSTITUÉE.

Les lois religieuses des sociétés autres que la société catholique , ne sont donc pas des conséquences nécessaires des lois fondamentales, ni des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres; elles ne sont donc pas des sociétés constituées : si elles ne sont pas constituées, leur volonté générale d'exister ne peut s'exercer par un pouvoir général, ni celui-ci agir par nwQ force générale. Une volonté sans force n'est pas une volonté, mais un désir; c'est-à-dire que ces sociétés ne peuvent exister, mais qu'elles voudraient exister; c'est-à-dire qu'elles ont un principe d'inquiétude, qui n'est autre chose qu'une tendance à exister, ou à se constituer.

Elles n'existeront donc pas, ou si elles existent quelque temps, elles n'existeront que dépendamment de quelque autre société, et elles auront hors d'elles-mêmes, et dans une autre société, la cause de leur existence. Elles seront donc dépendantes d'une autre société : si elles sont dépendantes, elles seront faibles, et elles arriveront au dernier moment de leur existence par une détérioration progressive.

Si la société catholique est constituée, sa volonté générale de conservation s'accomplira par un pouvoir général conservateur, et celui-ci agira par une force générale conservatrice. Donc elle aura en elle-même le principe de son existence et les moyens de sa conservation; donc elle sera indépendante; donc elle sera forte; donc elle se conservera; donc elle s'élèvera progressivement à la perfection : la preuve de ces assertions est dans les faits, et dans des faits incontestables.

Depuis dix-huit cents ans que l'Église chrétienne subsiste, il s'est élevé un nombre inûni de sectes dans son sein, et toutes ces branches séparées ont séché, et l'arbre est demeuré toujours vert, et les orages n'ont fait que l'affermir, et les retranchements que le rendre plus vigoureux. Les branches actuellement séparées sécheront à leur tour, et sans qu'on les ait vu disparaître, le temps viendra où elles ne seront plus. Non-seulement l'Église catholique a un principe de conservation, mais elle a un principe de perfectionnement. Malgré les désordres tant reprochés à ses ministres, et si étrangement exagérés par la haine, j'ose avancer, d'après des faits connus de toute l'Europe, que l'Église de France a donné dans celte persécution, la plus dangereuse que la religion ait essuyée, des exemples de foi, de courage et de patience qu'on ne retrouve, au même degré d'unanimité, à aucune époque de l'histoire de l'Église. Et ce ne sont pas seulement les minisires de la religion, force publique conservatrice de la sociélé religieuse, qui se sont dévoués à sa défense, on a pu apercevoir dans les autres ordres de l'État, et jusque dans le peuple, un attachement à la foi catholique, dont il n'y a eu d'exemple en aucun temps, ni dans aucun lieu. Sans remonter jusqu'au temps de l'arianisme, du donatisme, du manichéisme, etc. on n'a qu'à comparer l'Allemagne du temps de Luther, ou l'Angleterre sous Henri YllI et ses successeurs, à la France flans la révolution présente, pour se convaincre que la religion inspire un plus vif attachement, à proportion qu'elle est plus connue, et que, si dans tous les temps elle échappe aux âmes faibles et aux cœurs corrompus.

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