MAHOMÉTISME
L'univers n'avait vu encore que des religions de sentiment, et par conséquent des religions avec sacriflce : il avait vu, chez l'idolâtre, une religion de haine ou de volupté, et le sacrifice
de la haine ou de la volupté; chez le Juif, une religion d'amour imparfait et d'attente, et un sacrifice imparfait; chez le chrétien, une religion d'amour, et le sacrifice de l'amour le plus parfait. Six siècles après l'établissement du christianisme, parut une religion sans sentiment, sans sacrifice, une religion d'opinion, une philosophie; et un imposteur dun génie hardi et de mœurs voluptueuses fit adopter au peuple le plus grossier les opinions religieuses les plus absurdes.
A la croyance de l'unité de Dieu, à la pratique de la circoncision, aux prières multipliées, aux ablutions, aux abstinences qu'il prit des Juifs voisins des Arabes, et comme eux enfants d'Abraham, Mahomet ajouta le dogme de la vie future, de l'éternité des peines et des récompenses, plus développé chez le chrétien, mais qu'il accommoda à ses propres habitudes et aux mœurs sensuelles de ses sectateurs. Les récompenses promises a la vertu furent les plaisirs des sens; les peines destinées au crime en furent la privation : et comme l'espoir de les goûter dans l'autre vie devait allumer le désir d'en jouir dans celle-ci, le législateur fut obligé d'établir la polygamie, inconnue aux Juifs, aux chrétiens, aux païens mêmes.
La volupté eût suffi pour répandre cette doctrine licencieuse : elle s'étendit par la terreur, elle se propagea par l'intérêt. Le cimeterre d'une main, l'Alkoran dans l'autre, les enfants d'Ismaël accoutumés au brigandage se répandirent chez leurs voisins, les pillèrent, les convertirent, ou les exterminèrent. Ainsi la volupté, Vintérêt et la terreur, tout ce qu'il y a de plus puissant sur Vesprit, le cœur et les sens de l'homme, propagèrent le mahométisme dans tout l'Orient, chez des peuples ardents et faibles, destinés, ce semble, à être opprimés par leur gouvernement et par leur religion, et qui n'ont pu établir encore un gouvernement modéré, ni retenir une religion raisonnable. Nous verrons les mêmes mobiles, la volupté, Vintérêt et la terreur, propager, dans tous les temps, les opinions religieuses, ou les religions à'opinion. Je prie le lecteur de ne pas perdre ce principe de vue. a C'est un malheur pour