‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 103 sur 300 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

RÉCAPITULATION : CARACTÈRE DES PEUPLES; PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

Les sociétés fondées en Europe par les peuples du Nord furent donc constituées, et leur constitution reposa sur les trois lois fondamentales d'une religion publique, d'un pouvoir unique, de distinctions héréditaires. Mais, comme la religion chrétienne qu'elles embrassèrent, fondée sur la croyance de l'unité de Dieu, la connaissance de ses perfections et de la destination de l'homme, était la seule religion digne de Dieu, de l'homme et de la société; que le pouvoir unique ou la royauté reçut dans presque toutes ces sociétés, la perfection dont il était susceptible, par l'introduction d'un ordre régulier de succession; et qu'enfin les distinctions héréditaires et permanentes ne furent plus bornées à ceux qui exerçaient la profession des armes ou le ministère de la religion, mais qu'elles

furent étendues à la profession dépositaire des lois, accordées même comme récompense à ceux qui avaient rendu des services importants à la société, et cependant toujours ramenées à l'esprit de leur institution; en sorte que par la nouvelle forme qu'elles reçurent sous le nom de noblesse, elles furent de la part de la société le souvenir ineffaçable de services rendus, et dans la famille distinguée ou anoblie, un engagement irrévocable a en rendre de nouveaux : la constitution fut donc chez les modernes le développement, la perfection, le complément de la constitution primitive.

Et selon que les lois politiques, par lesquelles une nation se fit à elle-même l'application de la constitution, découlèrent plus ou moins immédiatement, nécessairement des lois fondamentales; celte nation prit un caractère plus ou moins marqué, ce caractère qui fait qu'un peuple est lui-même et non un autre ; ce caractère, principe intérieur de sa force, cause secrète de ses succès, ressource inespérée dans ses malheurs.

Le caractère d'une nation se compose de ses affections, ses affections de ses habitudes, comme le caractère d'un homme se compose de ses penchants.

Une religion grave et imposante, tour à tour indulgente et sévère, qui ne laissait pas la faiblesse sans espoir, ni la vertu même sans crainte, et qui faisait consister toute la loi dans l'amour de TÊtre suprême et dans l'amour de ses frères, dut donner à un peuple des affections douces et sociales, et former en lui des habitudes de confiance en la Divinité et de bienveillance envers ses semblables.

L'hérédité du pouvoir, en rendant héréditaires les sentiments d'affection et de reconnaissance pour la famille régnante, dut inspirer à un peuple des habitudes d'amour et de respect pour le pouvoir de l'Étal mis à sa portée, et qu il pouvait, pour ainsi dire, voir de ses yeux et toucher de ses mains.

Enfin les distinctions héréditaires, en transmettant, d'une génération à l'autre, une vénération affectueuse pour des familles anciennement distinguées, et une considération natu-

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