LIVRE 11 i
relie pour les professions qu'elles exerçaient, durent donner au peuple des habitudes de déférence et de subordination, nécessaires à former et à maintenir envers les professions chargées de veiller à la conservation de la société, et qui, dans le respect des classes inférieures, trouvent de nouveaux moyens de remplir cette importante fonction.
Et parce que la religion publique, le pouvoir unique, et les distinctions sociales, étaient les lois fondamentales de la société civile, et que la société ne pouvait subsister sans elles, la famille régnante, les ministres du culte, et ceux de la force publique défensive ou sociale, c'est-à-dire, la noblesse, furent les propriétés publiques et générales de la société '.
La famille élevée au trône fut une véritable propriété de la société; puisqu'elle ne put plus disposer d'elle-même, renoncer à la succession, ni en intervertir l'ordre : condamnée à la grandeur, elle dut en supporter le poids, en dévorer les
' Vous voulez détruire la noblesse, disait un des coryphées de la révolution française; vous n'y songez pas : on ne détruit pas la noblesse, qui est un être moral, ce sont les nobles qu'il faut détruire. C'est ce legs épouvantable qui a été acquitté par Robespierre et par d'autres.
Cette anecdote est tirée du Tableau de Paris, lors des massacres des mois d'août et de septembre 1792. Son estimable auteur, un des rédacteurs des Actes des Apôtres, a employé ses lalenls à retarder les progrès de la révolution, DU à en retracer les malheurs pour l'instruction des peuples et des rois II faut que la révolution soit connue, qu'elle soit connue dans tous ses détails, je dirai presque dans toutes ses horreurs, L'histoire de la révolution, le traité le plus complet de politique et de morale expérimentale, qui ait jamais paru, peut avoir avec la fidélité historique, tout l'intérêt du roman. Si, à la honte de l'espèce humaine, il dévoile des atrocités qui la déshonorent; pour la consolation de l'humanité, il mettra au jour des traits sublimes de religion, de courage, de sensibilité, de reconnaissance, detendresse conjugal, d'amour paternel, de piété filiale, d'attachement de la part de ses domestiques, etc.. Nations étrangères, c'est laque vous jugerez les vrais Français! Un auteur ancien dit, en parlant des proscriptions de Rome : que les proscrits trouvèrent une fidélité entière dans leurs épouses, rare dans leurs esclavages, médiocre dans leurs affranchis, nulle dans leurs enfants. C'est un point de comparaison entre nos vertus et celles des anciens. Elle sera à notre avantage, quoi qu'en disent les admirateurs des Grecs et des Romains, qui n'avaient ni constitution politique, ni constitution religieuse.
amertumes, en éprouver les revers. « Ce n'est pas pour l'intérêt » de la famille régnante, dit ÏEsprit des lois, que le droit de » succession est établi, mais parce qu'il est de l'intérêt de » l'Etat qu'il y ait une famille régnante. »
Les ministres de la religion et ceux de la force publique, ou les nobles, furent aussi une propriété de la société, puisqu'ils ne purent plus disposer d'eux-mêmes, renoncer volontairement à leurs distinctions, ni embrasser des professions incompatibles avec leur destination primitive, sans encourir l'animadversion des lois, ou le blâme de la société : enchaînés, pour son intérêt, dans leurs professions respectives, ils durent en remplir les engagements, et en braver les dangers. Esclaves de ce maître dur et injuste, obligés de souffrir ses caprices, souvent d'éprouver son ingratitude, quelquefois d'essuyer ses fureurs, ils assurèrent sa liberté aux dépens de la leur, et payèrent leur distinction de leur servitude. C'est la solution du problème que Rousseau se propose : Quoi, dit-il, la liberté ne se maintient qu'à l'appui de la servitude? peut-être. Il n'ose décider, parce que, confondant toutes les idées, il parle de la servitude domestique. Oui, les seuls esclaves de la société civile sont les membres des professions royale, sacerdotale et noble : que leurs chaînes soient dorées, elles n'en sont pas moins des chaînes; et de temps en temps, l'injustice de leur maître leurenfait sentir toute la pesanteur. Jetez les yeux sur la famille royale, sur le clergé et la noblesse d'une grande société, vous qui avez si souvent envié leurs prérogatives, exagéré leurs fautes, et peut-être calomnié leurs vertus; voyez-les obéir nécessairement a la loi de leur profession, qui les dévouant à la défense de la société, les soumet à périr avec elle : tel est leur sort, et pour qu'ils ne puissent s'y soustraire, la religion et la nature les marquent d'un caractère particulier qu'aucune force ne peut effacer. Car si la violence peut interdire aux ministres de la religion, ou à ceux de la force publique sociale, l'exercice public de leurs fonctions, quelle force pourrait oter à des prêtres le caractère qu'ils tiennent