CHAPITRE Tli
POURQUOI LES DIFFÉRENCES D'AGE ET DE PROPRIÉTÉ NE PEUVENT TENfR LIEU DE DISTINCTIONS SOCIALES.
Comme il peut y avoir quelques personnes portées à croire, par l'exemple des États populaires, que les différences d'âge et principalement de propriété peuvent, même dans une monarchie, remplir l'objet pour lequel les distinctions existent dans la société, il faut dissiper cette illusion et revenir aux principes.
La nature établit des inégalités parmi les hommes; la société seule reconnaît des distinctions.
L'âge et la propriété ne sont que des inégalités naturelles, et non des distinctions politiques; puisque l'une et l'autre ont précédé la société politique^ qui n'a été établie que pour défendre la propriété, et faire respecter la faiblesse de l'âge *.
Les distinctions sont, comme je l'ai prouvé, l'importance relative des professions pour le maintien de la société : or l'âge ni la propriété ne sont des professions, elles ne sont donc pas des distinctions sociales.
Mais dans la même profession, l'âge peut et doit distinguer l'homme de l'homme, autant que le bien de la société peut le permettre; parce que là où tout est égal, il faut un motif pour faire passer un homme avant un autre : or l'âge est un motif suffisant,
1° Parce que ce motif de préférence ne peut être un sujet
' On voit, dans l'histoire, que les Bactriens, soumis par Alexandre, faisaient manger leurs pèresjvieux à de grands chiens, et encore aujourd'hui quelques peuples sauvages les mangent eux-mêmes.