‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 159 sur 300 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

chie que par sa constitution, parce que la monarchie est la constitution.

Et il n'a pu définir la république que par sa forme extérieure de gouvernement, parce que la république n'est qu'une forme extérieure de gouvernement.

Rousseau a été plus adroit : « Tout gouvernement, dit-il, » est républicain;... j'entends par ce mot tout gouvernement » guidé par la volonté générale ; alors la monarchie elle-même » est république. » Ce qui est dire qu'il n'y a qu'une forme de gouvernement légitime, qui est la monarchie, puisqu'il est le seul qui soit guidé par la volonté générale.

Il est étonnant que. les caractères par lesquels l'auteur de VEsprit des lois distingue la nature des divers gouvernements, ne l'aient pas mis sur la voie de découvrir les principes qui les font agir, pour me servir de ses expressions, et qu'après avoir assigné la crainte pour principe au gouvernement despotique, il se soit arrêté à moitié chemin, et qu'il n'ait pas été conduit par la force du raisonnement à trouver le principe du gouvernement monarchique. Reprenons ses définitions.

Le gouvernement despotique est celui où un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices.

Il est évident que cette définition convient également et même beaucoup mieux au gouvernement populaire, et qu'en mettant le peuple souverain ou la partie souveraine du peuple à la place du despote souverain, on peut dire avec bien plus de vérité du peuple que du despote, qu il gouverne sans loi et sans règle (fixes), et qu'il entraîne tout par sa volonté et par ses caprises.

Cette conséquence devait se présenter naturellement à l'auteur de VEsprit des lois, puisqu'il dit lui-même que l'État despotique est un peuple sans tribuns. Or, dans l'Etat populaire, le peuple n'a pas non plus de tribuns, et il n'a besoin de cette magistrature turbulente tout au plus que dans Taristocratie, oii elle est bien moins la sauve-garde de sa liberté que l'instrument de sa tyrannie.

Le gouvernement monarchique est, selon le même auteur, celui 0X1 un seul gouverne^ mais par des lois fixes et établies, ou, comme il est dit ailleurs, fondamentales.

Les gouvernements sont donc distingués, selon Montesquieu lui-même, en deux genres : celui où la société est gouvernée par des lois fixes, établies, fondamentales, et celui où la société est gouvernée sans loi et sans règle (fixes) par des volontés et par des caprices.

C'est précisément la distinction que j'ai adoptée, de sociétés constituées, gouvernées par la volonté générale essentiellement droite et conservatrice, se produisant par des lois nécessaires ou fondamentales; et de sociétés non constituées, soumises à des volontés particulières, essentiellement dépravées et destructives, se produisant par des lois non nécessaires ou arbitraires.

Or, Montesquieu donne la crainte pour principe au gouvernement despotique, celui où la société est gouvernée sans loi et sans règle par des volontés et par des caprices.

Il devait donc donner l'amour, ou l'opposé de la crainte, pour principe au gouvernement monarchique, celui où la société est gouvernée par des lois fixes, établies, fondamentales.

En effet, l'amour est le principe des sociétés constituées ou monarchiques, parce que l'amour est le principe de conservation des êtres, et que la société constituée est une réunion d'êtres semblables pour la fin de leur conservation.

Ainsi, volonté générale du corps social, volonté essentiellement droite et conservatrice, agissant par l'amour: Principe des sociétés constituées.

Volonté particulière de l'homme, volonté nécessairement dépravée et destructive, agissant par la crainte : Principe des sociétés non constituées.

[1 ne peut donc y avoir de liberté sociale, politique ou religieuse, que dans la société constituée, puisque son principe est Vamour.

Et il y a nécessairement esclavage social, politique ou reli-

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