‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 183 sur 300 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

CONSTITUTION D'ANGLETERPxE.

En exposant mes principes sur la perfection des sociétés purement monarchiques ou constituées, j'ai dû m'attendre que les nombreux partisans des monarchies mixtes m'opposeraient l'Angleterre et sa prospérité. J'ai déjà laissé entrevoir que l'Angleterre se trouvait dans des circonstances particulières à elle seule : j'oserai développer ici une opinion qui n'est peutêtre ni hardie, ni nouvelle.

En Angleterre il y a deux pouvoirs, parce qu'il y a deux sociétés.

Il y a une société politique constituée ou monarchique, avec ses lois fondamentales, sa religion publique, son pouvoir unique, ses distinctions sociales permanentes.

Il y a une société de commerce la plus étendue qu'il y ait dans l'univers; car l'Etat est commerçant en Angleterre, et n'est proprement commerçant qu'en Angleterre. Dans cette dernière société, le pouvoir est nécessairement séparé du pouvoir de la société politique; parce que dans celle-ci le pouvoir est unique, dans l'autre il est collectif par la nature même de la société commerçante. En effet, ce n'est pas une opposition d'intérêts particuliers et de volontés opposées, quia rendu nécessaire rétablis-

sèment de cette société, mais une réunioa libre d'intérêts communs et de volontés unanimes qui Va rendu possible.

Ces deux sociétés se confondront à certains égards, et se distingueront à d'autres. Au pouvoir de la société politique appartiendront les relations extérieures, les alliances, le droit de guerre et de paix : au dedans, il aura la plénitude des fonctions executives, la direction de la force publique, le soin de la tranquillité intérieure, l'administration suprême de la justice, en un mot, il aura l'attribution et les fonctions des autres monarques : mais il ne pourra lever aucun impôt, même pour les besoins ordinaires et permanents, sans le consentement de WxxivQ pouvoir; il sera dépendant dans ses dépenses personnelles, parce qu'il ne sera pas propriétaire, mais pensionné; il sera tenu derendre compte des dépenses publiques au pouvoir de la société commerçante, et cette loi ne pourra être éludée ni enfreinte, parce que la société commerçante a un intérêt très-pressant à ce que le pouvoir de la société politique ne dissipe pas la fortune publique qui forme les capitaux de son commerce.

Au pouvoir de la société commerçante appartiendra la faculté d'accorder l'impôt, et de concourir à la législation, parce que toutes les lois qu'il y aura à faire dans cet État, auront de près ou de loin rapport au commerce, unique objet de la société commerçante.

Le roi ne pourra faire des lois, ni pour l'une ni pour l'autre de ces sociétés; car il serait à craindre qu'à la faveur de l'autorité que lui donne son pouvoir politique, il ne voulût maîtriser la société commerçante, ce qui détruirait infailliblement une société dont l'essence est d'être arbitre de ses opérations. Mais si le roi n a pas la faculté de faire des lois, il a celle d'empêcher que l'autre pouvoir n'en fasse, parce qu'il serait à craindre que le pouvoir de la société commerçante, redoutable parce qu'il dispose de l'impôt, agresseur parce qu'il n'est pas constitué et qu'il est formé de plusieurs pouvoirs particuliers, ne voulût empiéter sur le pouvoir politique.

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