‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 188 sur 300 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

Les uns avaient fait de l'homme une plante dont l'art et les soins du jardinier pouvaient améliorer les sucs; ceux-ci ont fait de l'homme un animal uniquement déterminé par les besoins physiques. Ces opinions, si commodes pour la paresse de ceux qui gouvernent, si favorables aux passions de ceux qui sont gouvernés, se sont répandues; et l'homme, regardé comme un vil animal, bientôt est descendu au-dessous des animaux mêmes.

Je considère l'homme comme un être intelligent; roi de Va. nivers et de tout ce qu'il renferme, il ne peut, dans ses facultés morales, rien tenir de cette terre qu'il foule aux pieds, ni de cet air qu'il fait servir à ses besoins : supérieur à tous les objets sensibles, l'être intelligent ne peut rien devoir qu'à des êtres intelligents comme lui; son physique même ne dépend que très-peu de ces causes extérieures, ce Dans l'espèce hu- » maine, dit Buffon, l'influence des climats ne se marque que » par des variétés assez légères; Vespèce humaine est une : » comme il est fait pour régner sur la terre, que le globe » entier est son domaine, il semble que la nature se soit prêtée » à toutes les situations. »

Mais si l'on ne doit pas croire à l'effet des climats sur l'homme physique, et bien moins encore sur l'homme moral, on ne peut s'empêcher d'attribuer beaucoup d'influence à la transmission héréditaire ', c'est-à-dire que les mœurs et le caractère d'un peuple se forment par les institutions religieuses et politiques : « Ce sont, dit Rousseau, les institutions nationales » qui forment le génie, le caractère, les goûts et les mœurs » d'un peuple; » et une fois le caractère et les mœurs formés

' Les grands médecins connaissent très-peu de maladies contagieuses, et beaucoup de maladies héréditaires. La goutte peut se former dans un homme par un vice de régime. La même cause peut, dans la même contrée, multiplier la même maladie; ceux qui en seront attaqués la transmettront à leur postérité : et lorsqu'elle sera ainsi répandue dans un canton, un médecin ignorant en conclura qu'elle y est un effet du climat et que l'air ou les eaux la produisent.

362 THÉORIE DU POUVOIU.

par les institutions, si un gouvernement qui gouverne a soin de conserver les institutions dans toute leur pureté, les habitudes de la nation se maintiennent, les qualités se transmettent par la succession, se développent par l'imitation, se forment par ieducation, et le caractère national se conserve. En vain l'esprit de parti s'efforce d'obscurcir des vérités aussi sensibles; on démêle, dans les vues profondes de la philosophie, le motif pour lequel elle refuse à la transmission héréditaire l'effet qu'elle accorde au climat; l'aveu qu'il y a, dans l'homme social, quelque chose de transmissible par l'hérédité l'entraînerait à des conséquences qu'elle veut éviter.

Les faits prononceront entre les opinions. On n'attribuera pas sans doute à l'influence du climat les qualités purement morales, la bonne foi de l'Espagnol, fameuse dans tous les temps, la franchise du Germain, l'inconstance du Gaulois, l'humeur vindicative du Corse; on ne peut rejeter sur la latitude l'avarice particulière à certains peuples, la fourberie naturelle à d'autres. Quelles heureuses zones que celles qui ne produiraient que des vertus; quels affreux climats que ceux qui ne feraient éclore que des vices!

Les qualités bonnes ou mauvaises sont héréditaires chez les peuples, comme elles le sont dans les familles. J'en atteste l'expérience; il n'est personne qui ne connaisse de bonnes et de mauvaises races : des familles où, dans toutes les générations, on est violent, opiniâtre, faux, borné, d'autres où l'on est sincère, spirituel, humain; on voit dans l'histoire Romaine des exemples frappants de cette succession de caractères, entre autres dans les familles des Ap.- Claudius, des Gâtons, des Domitius.

« Des fiers Domilius, rimmeur triste et sauvage. »

{Racine.)

L'éducation corrige ou développe, mais ne peut détruire le offets de la transmission héréditaire. Qui doute que le sauvage qui se serait distingué entre ses compatriotes par un génie plus

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