‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 200 sur 300 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de la nation à sa religion, à la monarchie et même à son malheureux monarque, que le culte, qu'il ne faut pas confondre avec la religion, n'y a été anéanti qu'avec des ménagements et des précautions qui décelaient les craintes des novateurs, et sous une apparence de réforme capable cV induire en erreur, s il était possible, jusqu'aux élus même '; que la monarchie n'a été renversée qu'en faisant concourir le monarque lui-même à sa destruction; en sorte que la révolution, dirigée contre la royauté, a été faite de par le roi : ce qui a jeté de l'odieux, dans l'esprit des peuples, sur les zélés défenseurs de la monarchie, et leur a ôté tous les moyens de la sauver, en réunissant contre eux, dans les mains de ses ennemis, la force réelle et la force d'opinion de l'autorité légitime; et qu'enfin le malheureux monarque n'a été immolé que lorsque la majesté royale anéantie ne pouvait plus le protéger, et que la nation, égarée par l'imposture, ou écrasée par la terreur, ne pouvait plus le défendre.

« Que du nombre des jours, ce jour soit effacé. »•

Le caractère Français, retrempé par les plus effroyables calamités, juste châtiment de ses égarements, peut encore soulever ce poids immense de malheur et de honte qui accable cette nation, destinée sans doute à étonner l'Europe par son retour, comme elle l'a épouvantée par ses forfaits. A lui seul appartient ce prodige, et peut-être n'attend-il qu'une première impulsion : quod, in re tali, dit Tacite, difficillimum est, prima vox.

C'est ce ressort comprimé par une longue oppression, qui, par sa réaction, rétablit la France sous Charles VII et Henri IV; l'Espagne, sous Pelage et Philippe V; la Suède, sous Gustave Vasa; le Portugal, sous le duc de Bragance, et qui eût rendu l'Angleterre à Charles II, si la mort prématurée de Crorawell n'eût hâté son retour ^

' Matth. XXIV. 24.

' Il me semble que Hume en fait l'observation. Ce célèbre historien, me

Moriamurpro rege nostro, s'écrient les fidèles Hongrois a la vue de Marie-Thérèse, qui leur présente son fils, trait sublime

ramène à son respectable compatriote, Burke, ce défenseur éloquent et sensible des vrais et solides principes de la constitution monarchique. J'ose croire que quelques-unes de mes pensées, sur ces grands objets, se trouveront à l'unisson de ses méditations profondes, lorsque je me rappelle avec quelle force, avec quelle chaleur, il défend la religion publique, \e pouvoir royal, la succession héréditaire, les distinctions sociales.

Ce vertueux étranger venant rompre une lance, dans cette joute mémorable de toutes les passions contre tous les principes, a rappelé ces chevaliers qui, dans les anciens tournois, accouraient des pays lontains, attirés par le désir de la gloire, et fixaient tous les regards par l'éclat de leurs armes, la fierté de leurs devises et la force de leurs coups. Jamais les principes conservateurs des sociétés n'avaient été attaqués par des moyens aussi profonds qu'ils l'ont été de nos jours, jamais ils n'avaient été détendus avec autant de génie, de connaissances et de courage. Dans l'Assemblée Constituante, ils furent défendus par des orateurs de tous les ordres, avec une force de raisonnement et do caractère qui ne laissa au parti opposé que la ressource des clameurs et des injures. Il faut observer, à l'honneur de la constitution, et comme une preuve de mes principes sur la force conservatrice des sociétés religieuse et politique., que les défenseurs les plus nombreux et les plus éloquents de la constitution religieuse et de la constitution politique, se trouvèrent dans les professions sociales conservatrices de l'une et de l'autre société. L'abbé Maury et Cazalès déployèrent une puissance de talent, une force et surtout une prestesse d'éloquence, une fermeté de caractère qu'on n'avait vue jusqu'à présent dans aucune assemblée politique, ancienne ou moderne. Démosihéne pariait devant le peuple d'Athènes, de tous les peuples le plus diflicilcà lixer, mais le plus aisé à entraîner; Cicéron, devant un sénat grave, instruit, prévenu presque toujours pour l'orateur; l'un et l'autre n'avaient à parler que sur de grands intérêts politiques, ou dans des grandes causes particulières. Mais raisonner devant des sophistes! avoir des philosophes à émouv(^r, et des beaux esprits à persuader! parler avec éloquence, avec grâce sur la vente exclusive du tabac, sur les assignats, sur la constitution civile du clergé, sur l'impôt, sur les successions, etc., etc., résister pendant deux ans à des assauts de tous les jours, à des dangers de tous les instants, à des contradictions detous les genres', surmonter l'insurmontable dégoût d'une lutte opiniâtre, où la raison et le génie étaient condamnés d'avance, où l'orateur persuadait sans convaincre, touchait sans émouvoir, ébranlait sans entraîner, c'est ce qu'on n'avait jamais vu; c'est sans doute ce qu'on ne verra p!us. Qu'on ne dise pas que ces efforts prodigieux ont été inutiles, et que le côté droit de l'Assemblée Constituante aurait dû se retirer dès le commencement : car. sans parler des mesures violentes que cette mesure extrême aurait pu entraîner, les principes auraient été également attaqués, et ils n'auraient pas été également défendus, ce qui seul eût été un grand mal; et la révolution, faite sans obstacle, n'en aurait

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