CARACTÈRE DES DIVERS PEUPLES DE L'EUROPE
Si Ton voulait faire une application plus particulière de ces observations générales, on pourrait remarquer que l'Italien, débris de toutes les nations qui ont envahi l'empire Romain, a moins un caractère national que les goûts d'un peuple industrieux : parce que le Romain, le Napolitain, le Toscan, toujours Italiens et par conséquent citoyens de deux patries, n'ont pu encore former des habitudes dans des goavernements où la succession est élective, comme à Rome, ou récemment fixée dans la maison régnante, comme à Naples ou en Toscane, et où la distinction héréditaire de la noblesse n'est peut-être pas assez profession sociale; mais si ces peuples heureux ne peuvent
été ni moins générale, ni moins sanglante, parce qu'en dernière analyse, les meneurs, qui étaient hors de l'assemblée, en voulaient à la religion, à la royauté, à la noblesse, à la propriété dans toute l'Europe; il fallait que le scandale arrivât; il était nécessaire, pour la conservation de la société et l'instruction des races futures, que les principes conservateurs des sociétés fussent attaqués, fussent défendus par toute la puissance de l'homme; il fallait que la constitution succombât malgré le génie de l'homme, et qu'elle ressuscitât par la seule force de la nature de la société, parce qu'il était nécessaire que la nature montrât sa force et l'homme sa faiblesse. Depuis la séparation de l'Assemblée Constituante, des écrivains distingués ont empêché la prescription des bons principes et entretenu avec soin le feu sacré. Les professions sociales ont encore rempli leur destination : je remarque avec intérêt, sur la liste des défenseurs de la société religieuse et de la société politique, des ministres de la religion, des magistrats de nos premières cours souveraines; l'abbé Barruel, Ferrand, constamment sur la ligne de la raison et du goût, défendent la cause de la religion et des lois avec une pureté de principes que les sophismes ni les circonstances n'ont pu altérer.
encore trouver de motifs à leurs habitudes dans la constitution de leur Etat, ils ont dans l'administration paternelle de leurs souverains des objets bien doux à leurs affections.
Cependant l'on remarquera, comme une nouvelle preuve de mes principes sur le caractère des nations, un caractère national plus prononcé chez le peuple le plus monarchique de l'Italie et le plus aborigène; et le Napolitain, à qui il ne manque peut-être que de développer sa constitution pour devenir un grand peuple, se dislingue aisément, au physique et au moral, des autres habitants de cette belle partie de l'Europe.
L'Alleoaand, composé aussi de plusieurs peuplades réunies sous diverses souverainetés, pouvant changer de gouvernement sans changer de patrie, n'a que les goûts tranquilles d'un peuple heureux et paisible ; et encore, comme du temps de Tacite, les mœurs y sont plus puissantes que les lois. Au reste, il est aisé de remarquer un caractère plus prononcé dans les sujets Allemands des deux monarchies Autrichienne et Prussienne, quoique dans l'une et dans l'autre il soit modifie par des circonstances particulières.
L'Anglais même n'a pu prendre un caractère un et simple de son gouvernement composé, ni des habitudes invariables de ses fréquentes révolutions; mais il a les manières hautes, généreuses et quelquefois bizarres que donne l'opulence, la fierté ordinaire aux peuples dominateurs des juers, et le tour d'esprit solide et penseur que doivent prendre les citoyens dans un pays où le gouvernement est pour tous un objet de surveillance et d'inquiétude, plus peut-être qu'un objet d'affection.
Le Russe, peuple composé de tant de nations diverses, qui ne sont réunies ni par une même religion, ni par les mêmes mœurs, ni par la même langue, n'a pu prendre de caractère déterminé; parce que cette société n'a pas encore fixé sa constitution, qu'elle n'a pas encore trouvé d'objet constant à ses affections dans la succession qui n'y est pas héréditaire, et qu'enfin depuis que le peuple Russe a pris place parmi les nations de l'Europe, il a été constamment heureux.