‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 219 sur 300 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SUITE DU MÊME SUJET

Je dois répondre à quelques objections.

Tous les hommes, me demande le philosophe, ont-ils le sentiment de la Divinité? Oui, et la preuve de cette assertion me paraît évidente. Je ne puis connaître le sentiment de l'individu, sentiment particulier, et qu'il peut ne pas manifester au dehors; mais je connais infailliblement les sentiments de la société, sentiments sociaux, c'est-à-dire extérieurs et publics : or, on a vu dans toutes les sociétés le sentiment de la Divinité manifesté par un acte extérieur et semblable, par le sacrifice: donc tous les hommes ont le sentiment de la Divinité; parce que tous les hommes sont membres du corps social, et qu'en qualité de membres d'un corps, ils en partagent nécessairement tous les sentiments. Existence d'un Etre supérieur à l'homme, qui l'a créé et qui le conserve : loi fondamentale de toute société humaine, sentiment que l'homme tient de sa nature d'homme social. Unité de Dieu, rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres : loi religieuse, conséquence nécessaire de la loi fondamentale, et fondamentale elle-même; car s'il existe un Être infini, tout-puissant, il ne peut en exister qu'un. C'est ce que l'homme apprend de ses maîtres; fides ex auditu; mais c'est ce qu'il apprend aussi de sa raison. Ainsi, dans la société politique, l'existence du pouvoir général est une loi fondamentale; et l'existence d'un seul homme appelé monarque, exerçant \epouvoir général, est une loi politique, rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, conséquence nécessaire de la loi fondamentale, et loi fondamentale elle-même. Si Dieu n'existait pas, le mot Dieu n'existerait dans aucune langue, le sen-

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