LIVRE I
Oui : il existe une constitution religieuse ou une religion pour l'homme social, comme il existe pour la société une constitution politique. Cette vérité sera démontrée -par moi ou far d'autres; mais elle sera démontrée^ parce quelle est mûre, que son développement est nécessaire à la conservation de la société civile^ et que l'agitation qu'on y aperçoit, n'est autre chose que les efforts qu'elle fait pour enfanter cette vérité.
Si la société politique constituée est celle qui assure le mieux l'unité du pouvoir général de la société et la conservation de l'homme physique, la société religieuse ou la religion constituée sera celle qui défendra le mieux, dans la société, la foi de l'unité de Dieu et de l'immortalité de l'âme, ou la conservation de l'homme moral.
Ainsi un peuple, malgré sa prétendue souveraineté, n'a pas plus le droit de s'écarter de la constitution politique de l'unité de pouvoir, que de la constitution religieuse de l'unité de Dieu. Il peut en avoir la force, mais il n'en a pas le pouvoir, et celte force n'est que celle qu'a tout homme de transgresser les lois religieuses et morales.
Toute société a une fin : elle a donc la volonté d'y parvenir; elle en a donc les moyens, je veux dire le pouvoir et la force. La religion publique, qui est la société intellectuelle de Dieu avec le corps social, aura donc un pouvoir qui est Dieu; et elle aura une force, qui devra être extérieure ou sociale, puisqu'elle devra être exercée sur et dans la société.
Or, toute force agit nécessairement par des agents ou des ministres.
Nécessité des ministres de la religion publique. Ces ministres seront nécessairement distingués des autres membres de la société, parce que celui qui exerce une force, est nécessairement distingué de ceux sur qui on contre qui cette force s'exerce.
Je reviens à la société politique : je suis obligé de meneç de front ces deux sociétés, pour en former la société civile.
Là oit tous les hommes veulent dominer, avec des volontéi>
égales et des forces inégales, il est nécessaire qu'un seul domine, ou que tous se détruisent.
Seconde loi fondamentale des sociétés civiles, unité de jiouvoir.
Ce 'pouvoir général et unique doit diriger la force générale ou publique, et toute force s'exerce par des agents.
Ces agents seront nécessairement distingués des autres membres de la société, car les agents d'une force sont nécessairement distingués de ceux sur qui ou contre qui cette force s'exerce.
J'aperçois deux distinctions, et elles sont sociales, puisqu'elles ont la conservation de la société pour objet; et elles doivent être permanentes, parce que, dans l'homme, la volonté déréglée qu'elles ont à combattre, est indestructible.
Troisième loi fondamentale des sociétés civiles, distinctionssociales-permanenles.
Religion publique.
Pouvoir unique.
Distinctions sociales-permanentes.
Lois fondamentales des sociétés civiles; union de la société religieuse et de la société politique, pour former la société civile.
On peut donc définir la société civile constituée : L'ensemble des rapports ou lois nécessaires qui lient entre eux Dieu et l'homme, les êtres intelligents et les êtres physiques, pour leur commune et réciproque conservation.
La fin de la société civile, l'objet de sa volonté générale est de conserver l'bomme intelligent et l'homme physique, par la conservation de la société religieuse et de la société politique, et elle a des moyens proportionnés à ce double objet. Pouvoir et force de la religion, pour conserver l'homme intelligent par la répression de ses volontés dépravées; pouvoir et force de la société politique, pour conserver 1 homme physique par la répression des actes extérieurs de ces mêmes volontés; union intime, indissoluble des deux sociétés dans la répression des