‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 23 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

volontés par la répression des actes extérieurs, et dans la répression des actes extérieurs par la répression des volontés; pouvoir de Dieu, pouvoir de l'homme, fondement inébranlable de la doctrine des deux puissances. Je connais l'abus monstrueux que l'entêtement et l'ignorance ont fait de cette doctrine; je compare les erreurs d'un siècle et les forfaits d'un autre, et je me dis à moi-même que lorsque des prêtres peu éclairés citaient les rois à leur tribunal, pour les déposer, les peuples n'érigeaient pas de tribunal pour les égorger, et que la religion faisait respecter la royauté, lors même que ses ministres, abusant de son nom sacré pour exercer leur pouvoir particulier, en humiliaient le dépositaire.

Religion publique, pouvoir unique, distinclions-socialespermanentes, lois fondamentales de l'existence des sociétés civiles.

l** Parce qu'elles sont fondées sur la nature de l'homme moral et de l'homme physique, éléments de toute société.

2° Parce que leur type se retrouve dans toutes les sociétés.

Il n'y a jamais eu de sociétés sans dieux, il n'y a jamais eu de nations sans chefs, il n'y a jamais eu de dieux sans prêtres, ni de chefs sans soldats, c'est à-dire, qu'il n'y a jamais eu de religion sans ministres, ni de force publique sans agents.

Là où tous les hommes veulent nécessairement dominer avec des volontés égales et des forces inégales, il est nécessaire qu'un seul homme domine ou que tous se détruisent.

Cet axiome est à la politique ce qu'est à la géométrie l'axiome de la ligne droite la plus courte entre deux points.

La géométrie s'est perfectionnée parce qu'on est parti d'un principe évident.

La politique a rétrogadé, parce qu'on est parti d'hypothèses ingénieuses.

Ainsi les principes de gouvernement se sont altérés, en même temps que les connaissances se sont étendues. Ainsi les sociétés ont été plus agitées, en même temps que les académies sont devenues plus savantes.

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