‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 221 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

naturelle dans laquelle le culte est purement domestique, et renfermé dans l'intérieur de la famille *.

On a sous les yeux un exemple récent du peu de fonds qu'il faut faire sur les aperçus des voyageurs, même les plus éclairés, lorsqu'ils nous parlent de la religion des peuples sauvages. En 1767, le capitaine Wallis, après un séjour de quelques semaines à l'île d'Otahiti, dans la mer du Sud, déclare formellement qu'il n'a pu découvrir parmi ces insulaires la moindre trace de culte religieux, quoiqu'il les ait observés avec une attention particulière. Deux ans après, en 1769, le célèbre Cook aborde à la même île. Dans le long séjour qu'il y fait, il observe, il décrit, avec la sagacité et l'impartialité qui le caractérisent, les traditions religieuses et même les coutumes politiques de ce peuple singulier. Ecoutons cet observateur profond : dans la recherche des croyances religieuses du genre humain, les sentiments conservés chez des peuples simples sont d'un autre poids que les opinions inventées par les philosophes.

« Les Otahitiens croient un Dieu créateur, le genre humain » venu d*un homme allié à sa fille; ils connaissent une Divinité » suprême, qui est chez eux la puissance, puisqu'ils la dési- » gnent par le mot de producteur des tremblements de terre; » mais ils adressent leurs prières à une autre divinité appelée » Tané, qui est la Bonté, puisqu'elle prend une plus grande » part aux affaires des humains. Ils croient l'âme immortelle, » soumise à deux états, l'un plus heureux, l'autre moins. Ils » ont des prêtres; ils font des offrandes à la Divinité, et lui » prodiguent des témoignages d'adoration et de respect... Les » cimetières, qu'ils appellent moraï, sont des lieux où ils vont » rendre une sorte de culte religieux. Ils récitent des prières » quand ils enterrent leurs morts : ils y vont adorer une divi- D nité invisible, et ils expriment leurs adorations et leurs hom-

' Un voyageur dit que les Hottentots n'ont aucune religion; et ailleurs il dit qu'ils reconnaissent un esprit malfaisant, et qu'ils lui adressent des prières. Les Hottentots sont des peuples en société naturelle, et ils ont la religion idolâtre de la société naturelle, ou l'idolâtrie dans son premier état.

» mages de la manière la plus respectueuse et la plus humble. » Leurs regards et leur attitude montrent assez que la dispo- » sition de l'âme répond à son extérieur.... Ces Indiens sont » plus jaloux de ce qu'on fait aux morts qu'aux vivants; et le » seul cas où ils se soient permis d'user de violence envers » les gens des équipages, c'a été lorsqu'ils ont voulu violer » leurs enclos funéraires, en en abattant les murs, ou même )' en y cueillant du fruit. » On ne peut nier que les notions primitives de la religion, telles que l'existence de Dieu et la connaissance de ses principaux attributs, le dogme de la création, l'existence d'un premier homme et d'une première femme qu'ils font même naître du premier homme, la croyance de l'immortalité de l'âme, des peines et des récompenses futures ne se soient conservées chez ces insulaires. Mais voici qui est encore plus extraordinaire; ces peuples connaissent la circoncision : Cook nous l'apprend, quoiqu'il pense qu'elle n'est pas chez eux une pratique religieuse. Banks, célèbre naturaliste, embarqué avec Cook, découvrit chez ce peuple un objet qui excita sa curiosité. c< C'était, selon Cook, une espèce de coffre » ou d'arche travaillée avec délicatesse, faite pour être trans- » portée d'un endroit à un autre. Elle contenait quelque chose » que Banks ne put voir. La ressemblance générale de ce » coffre avec l'arche d'alliance parmi les Juifs, est remar- » quable; mais ce qui est encore plus singulier, est qu'on lui » dit qu'elle s'appelait la maison de Dieu.

» Les habitants de la Nouvelle Zélande connaissent l'in- » fluence de plusieurs êtres supérieurs à l'homme, dont l'un » est suprême, les autres subordonnés. Ils ont à peu près les » mômes dogmes que les Otahiliens, et ils écoutaient avec un » silence profond et beaucoup de respect et d'attention les dis- » cours sur la Divinité. »

Les usages politiques de ces peuples ne sont pas moins dignes d'attention que leurs dogmes religieux.

Chez ces différents peuples, la royauté est héréditaire du père au fils : « leur gouvernement ressemble au premier état

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