‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 225 sur 300 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

SUITE DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU, ET DE L'IMMORTALITÉ DE L'AME.

Existence de la Divinité, Spiritualité et Immortalité de l'âme : vérités fondamentales, base de toutes les sociétés religieuses.

La société en général, est la réunion d'êtres semblables, réunion dont la fin est leur production et leur conservation mutuelle.

(( Ces êtres sont les uns à l'égard des autres dans de cer- » taines manières d'être qu'on appelle rapports. »

« Ces rapports doivent être nécessaires, c'est-à-dire, qu'ils » doivent dériver de la nature des êtres qui composent la » société. »

« Ces rapports nécessaires sont des lois, suivant Montesquieii, Rousseau, la raison *. »

Il y a différentes lois, parce qu'il y a entre les êtres en société différents rapports, c'est-à-dire, qu'ils sont les uns à l'égard des autres dans différentes manières d'être.

' Voyez première partie, liv. i, chap. i.

Il y dans la société religieuse, comme dans la société politique, des lois primitives fondamentales de la société et sans lesquelles on ne saurait la concevoir. C'est, dans la société politique, l'existence du pouvoù' qui gouverne les hommes physiques-intelligents, et dans la société religieuse, l'existence de la Divinité, qui gouverne les hommes intelligents-physiques.

Dans la société politique, l'existence à'un pouvoir unique, ou d'un monarque, est une loi politique, conséquence nécessaire^ immédiate, de la loi fondamentale, et loi fondamentale ellemême; parce que là où tous veulent dominer, il est nécessaire quun seul domine, ou que tous se détruisent. Dans la société religieuse, l'existence d'un Dieu unique est une loi religieuse, conséquence nécessaire, immédiate, de la loi fondamentale de l'existence d'une intelligence suprême, et loi fondamentale elle-même, parce qu'elle est un rapport nécessaire qui dérive de la nature des êtres. En effet, s'il existe un être intelligent, inOni, toutpuissant, il ne peut en exister qu'un; parce que des êtres toutpuissants veulent nécessairement dominer, et que là où tous veulent nécessairement dominer^ il est nécessaire qu'un seul domine, ou que tous se détruisent. Le lecteur remarquera avec étonnement, que ce principe soit, même à l'égard de Dieu, appuyé par un fait; et il se rappellera la croyance reçue dans la religion chrétienne, de la chute des esprits orgueilleux qui voulaient s'assimiler au Très-Haut, croyance dont on retrouve dans la fahle des traces manifestes.

L'immortalité de 1 ame n'est pas une conséquence moins nécessaire de sa spiritualité. En effet l'homme sent en luimême l'existence d'un être qui pense, qui veut, qui aime, qui craint; mais il ne peut voir cet être, ni le soumettre à aucun de ses sens. Or l'existence d'un être qu'on sent et qu'on ne peut voir, est une existence invisible. L'àme existe donc d'une existence invisible, ou, ce qui est la même chose, elle vit d'une vie invisible. Or, une vie invisible est une autre vie que celle que nous voyons, et par laquelle vivent tous les corps matériels; et par conséquent elle appartient à un autre

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