‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 226 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ordre de choses, à un autre monde que ce monde matériel.

L'homme, moral et physique, produit la connaissance de Dieu dans sa pensée, et la conserve par le sentiment; donc l'homme est en société avec Dieu, puisque la société en général est la réunion d'êtres semblables, réunion dont la fin est leur production et leur conservation mutuelles. Mais nous avons vu ', que « l'amour que l'homme a pour Dieu est, dans » l'homme, le principe de production et de conservation de » la connaissance de Dieu dans la pensée de l'homme, et » qu'agissant par les sens, c'est-à-dire, par le culte extérieur, » il est pouvoir producteur et conservateur de la connais- » sance de Dieu. » Nous avons vu que « l'amour que Dieu » a pour l'homme est, dans Dieu, le principe de conservation » de l'homme, et qu'agissant par la force ou la puissance, il )) est pouvoir conservateur de l'homme. »

Or, une société dans laquelle Dieu est pouvoir conservateur par son amour et sa puissance, et dans laquelle il est lui-même produit et conservé par l'amour et la force de l'homme agissant dans le culte extérieur, ne peut périr. En effet, si une société qui produit et qui conserve la connaissance de Dieu par l'amour et le culte, et que Dieu conserve aussi par son amour, pouvait périr; 'Dieu cesserait d'être produit et conservé, non en lui-même, mais au dehors et dans des intelligences semblables à lui et faites à son image; il cesserait en même temps d'être pouvoir conservateur : Dieu perdrait donc la faculté d'être produit et conservé, et le pouvoir de conserver. Or, Dieu ne peut perdre ni faculté ni pouvoir : donc la société des hommes avec Dieu est impérissable; donc l'homme est immortel, soit dans son âme, soit dans son corps, instrument du culte extérieur par lequel l'amour se produit. Aussi la résurrection des corps est un dogme fondamental de la religion chrétienne : surget corpus spiritale. (I. Cor. xv. 44.)

L'immortalité de l'âme est donc un rapport nécessaire dérivé

» Voyez première partie, liv. i, chap. i.

de la nature des êtres qui composent la société religieuse; elle est donc une conséquence nécessaire, immédiate, de la loi fondamentale de l'existence de Dieu et de la spiritualité de l'âme; elle est donc loi fondamentale elle-même.

Mais si l'âme vit d'une autre vie et dans un autre ordre de choses que celui que nous voyons, cette vie est nécessairement heureuse ou malheureuse. Sous un être infiniment juste, bonheur et récompense, malheur et châtiment. La récompense suppose le mérite, et le châtiment suppose la faute. Ce sont des rapports nécessaires, des lois. Le mérite ou la faute supposent un état antérieur à la récompense, ou au châtiment; et cet état antérieur ne peut être que la société présente. Donc le dogme des peines et des récompenses futures est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres qui composent la société religieuse; une loi religieuse, conséquence nécessaire, immédiate, de la loi fondamentale de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme, et de celle de l'existence de l'Être suprême. Donc elle est loi fondamentale elle-même, et l'on en retrouve la croyance dans toutes les sociétés. Je reviendrais ailleurs sur ces lois religieuses, et je développerai les autres à mesure qu'elles se présenteront : il me suffît pour le moment d'avoir fait remarquer à mes lecteurs, que les principes que j'ai posés dans la première partie de cet ouvrage, en traitant des sociétés politiques, sont rigoureusement applicables à la société religieuse. Car « la société religieuse et la société politique sont » semblables, et elles ont une constitution semblable \ «

Existence et unité de Dieu, spiritualité et immortalité de lame, peines et récompenses de l'autre vie : ces dogmes sont vrais, parce qu'ils sont utiles à la conservation de la société civile; car s'il pouvait y avoir quelque dogme, utile à la conservation de la société, qui ne fut pas vrai, la société manquerait de quelque moyen de conservation; donc elle ne pourrait se conserver. Or, la société est un être nécessaire, eu

'Voyez première partie, lit. i, chap. i.

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